Festival du Nouveau Cinéma de Montréal 2010

Publié le par Sylvain Thuret

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Mon voyage au Québec aura été marqué par de multiples rencontres. Dont celle des organisateurs du Festival du Nouveau du Cinéma de Montréal (FNC), Nicolas Girard Deltruc et son co-fondateur historique, Claude Chamberlan. 

UN REGARD SUR LE MONDE

Né en 1971 d'une volonté générale de décloisonner les mouvements artistiques, le Festival du Nouveau Cinéma de Montréal (FNC) semble aujourd'hui conduit par deux impératifs : la diversité et les nouveaux médias. Le premier impératif est de partager le cinéma et la création audiovisuelle sous un jour multiple. Le second doit prendre en compte la transformation des pratiques liées à la technologie. La programmation comprend ainsi près de 300 oeuvres internationales avec du long métrage, du court, des documentaires, des clips, des installations et des rétrospectives. 

Si l'on retrouve des noms déjà bien balisés des festivals comme le cannonisé Weerasethakul (Uncle Boonmee), Kitano (Outrage), JLG (Film Socialisme), Innaritu (Biutiful) ou Arakki (Kaboom), le FNC propose un nombre important de premières oeuvres et sert de vitrine à la production Canadienne/Québecoise. Ainsi que des surprises très diverses comme un court de Jonathan Caouette (All Flowers in time), le dernier documentaire de Frederick Wiseman (Boxing Gym), ou des nouvelles d'Afrique, parmi les nombreuses pistes passionnantes de cette édition.

nicolas-girard-deltrucC'est là le fruit d'un formidable travail de programmation que commente pour nous Nicolas Girard Deltruc (N.G.D.), directeur du festival : "Le travail de sélection se fait sur un an, avec une équipe actuelle de huit personnes, dont certaines sont basées à l'étranger comme Madeleine Molyneaux aux Etats-Unis pour la sélection de longs métrages américains. Dimitri Eipides, co-fondateur du festival avec Claude Chamberlan, dirige également le Festival de Thessaloniki en Grèce et s'occupe de la programmation à Toronto et Reykjavik. Il continue de travailler avec nous et s'occupe plus de la partie Moyen-Orient et des films de l'Est. Philippe Gajan travaille quant à lui sur les courts métrages et le FNC Lab. Nicolas Rousseau sur les nouvelles plateformes, Gabrielle Tougas-Fréchette sur les mélanges musique et cinéma/image, avec un côté expérimental necessitant parfois une exposition spécifique, en collaboration avec Nicolas pour tout ce qui est hors salle. Mon rôle en tant que directeur est plutôt de m'occuper du montage financier et de l'orientation stratégique du festival, tandis que Claude Chamberlan travaille plus sur le contenu, la programmation générale des films". 

Ce dernier me confie, en apparté pour une pause cigarette au dehors d'une pluie battante, avoir fait venir Pierre Carles au festival dès Pas vu pas pris en 1998. "Mais aussi Michael Moore, avant Roger & Moi (qui date de 1989, ndr), lorsqu'il réalisait de petits modules. En 1996 pour Looking for Richard, j'ai fait rencontrer Al Pacino et Robert Lepage ici à Montréal". Son attitude bonhomme prend soudain un ton sérieux. "Pour moi il s'agit de beaucoup plus que de cinéma. Il s'agit de rencontres". On touche peut-être là au moteur de cette diversité, de ce caractère iconoclaste et ouvert sur le monde.
 
Une ouverture facilitée par le statut même de festival. N.G.D : "Il faut savoir que ce statut nous affranchit du visa d'exploitation, ce qui
 nous permet de diffuser de manière plus libre certains films, comme par exemple Dirty Diaries, une compilation d'essais pornographiques tournés par des réalisatrices suédoises ou L.A. Zombie de Bruce Labruce (Hustler White, 1996, ndr). Un festival comme celui ci se doit donc d'être un lieu ouvert à la liberté d'expression. Heureusement puisque les exploitants de salle sont de plus en plus frileux".


Nous abordons alors le cas français du film d'horreur, actuellement désiré à l'étranger mais en butte aux frilosités des exploitants et institutions. Un cinéma de genre qui connait une sélection dédiée 
depuis 2004Temps 0menée par Julien Fonfrède. "On les connait tous, ce sont souvent des co-productions franco-québecoises comme Martyrs (Pascal Laugier, 2008, ndr). Cette année nous diffusons le film Territoires, une autre coproduction franco-canadienne (sous le giron de Capture the Flag, la maison de production de Yannick Dahan, ndr) et l'on remplit les salles. L'année dernière, nous avons eu un autre film, Amer, qui relève peut être de ce type de films de genre susceptible d'être boudé en Europe et en France. Il a reçu ici le prix du public et il a été acheté après le festival." 


Podz

Le FNC sert aussi de vitrine pour le cinéma Québecois et Canadien, sous la sélection Focus. Cette année, le Festival s'ouvre d'ailleurs sur 10 et demie du réalisateur Podz/Daniel Grou (voir photo), un film francophone réaliste sur l'enfance maltraitée, qui semble connaître un accueil enthousiaste de la presse et du public.

N.G.D. : "Nous sommes en relation avec les acheteurs et vendeurs internationaux. La section Canadienne bénéficie de la présence spécifique de différents acheteurs comme Pyramide ou la ville de Goetborg. Dimitri Eipides va voir un film ici et pourra le soumettre à Reyjavik ou Thessaloniki. C'est comme cela qu'on joue. Nous sommes aussi en relation avec Festivalscope, pour diffuser des films portant le "label" du festival. Un label qui permet de faire exister certaines oeuvres, des films qui seront ainsi rendus visibles et potentiellement sélectionnés dans d’autres festivals. Pour ce qui est du cinéma Québecois en France, il y a une ouverture. CRAZY a bien marché en 2005 et lancé la carrière de Marc André Grondin. Cette année Incendie de Denis Villeneuve et Curling de Denis Côté ont tous les deux été achetés pour une exploitation en salles. Quant au prochain Xavier Dolan, il est coproduit par MK2". 

 

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NOUVEAUX MEDIAS, NOUVEAUX PUBLICS

La question du public a pour corollaire la prolifération de nouvelles technologies, ce public "mobile" et volatile pour qui l'expérience cinématographique n'est plus necessairement liée aux salles. 

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N.G.D. : "On s’adresse à tout le monde. Nous avons un public assez fidèle, avec des gens qui viennent des Etats-Unis depuis 20 ans, qui prennent leurs vacances juste pour venir ici, et que l’on connait très bien. Ou des étudiants, dans le cadre d'échanges avec les universités américaines, qui viennent en bus et filment des sujets autour du festival afin de compléter leur cursus. Si une partie du public nous suit depuis longtemps, nous devons faire face à un défi : la salle n'étant plus aujourd'hui le lieu unique et privilégié du cinéma comme autrefois, comment transformer la présentation des films et rendre accessible des œuvres à un jeune public ? Les jeunes aujourd’hui sont tous sur leur Ipod. Qu’est ce qu’on peut faire nous pour rajeunir le public et les faire "consommer" d’avantage de cinéma et d’œuvres indépendantes ?

Pour cette édition 2010, nous avons beaucoup travaillé avec les nouveaux médias : application Iphone, du contenu par blog et videoblog, de la VOD regardables sur téléphone cellulaire. Pour 99 sous en Vidéo à la Demande, on peut regarder une oeuvre comme Petropolis, de Peter Mettler, un moyen métrage coproduit par Greenpeace sur l'impact de l'exploitation du goudron près d'Alberta. Avec un procédé initial proche du travail de Yann Arthus Bertrand sur Vue du ciel et une diffusion en HD, c'est une oeuvre magnifique.

Nous avons également installé, pendant dix jours, un système de visionnage d'extraits, par le biais de SMS, projetés à même les murs de la ville (voir photo). Et c'est un grand succès. Même si ils ne viennent pas voir beaucoup de films, le fait qu'ils utilisent ces voies là, on sait qu’ils ont été en contact avec le cinéma indépendant. Nous avons également une section P'tits loups pour les enfants et nous faisons un camp d’été où l’on fait un film avec les jeunes, on les intéresse ainsi au cinéma".


KING OF DE L'EST de Simon Gaudreau

Les jeunes sont précisément au coeur de ce documentaire que j'ai tenu à voir, quelques jours après l'interview. Il suit le trajet parallèle d'adolescents montréalais en roue libre et d'un rappeur local, C-drick. Ce film m'a fait penser à mon adolescence, quand ma vision du cinéma s'est élargie, notamment au contact du Kids de Larry Clark. 

Un tout petit documentaire donc, réalisé par un jeune artiste multi-disciplinaire, Simon Gaudreau, qui fut visiblement intégré à la programmation à la dernière minute, sur un coup de coeur de Claude Chamberlan. Pas si éloigné d'une version Québecoise d'un épisode de Strip Tease, le film oscille entre le bord de la misère sociale - des blancs pauvres qui se raccrochent à du rap - et l'éclat d'une rime bien balancée. 

"C'était au départ deux projets distincts qui se sont fondus en un lorsque j'ai appris avec étonnement que les jeunes que je suivais connaissaient les tounes ("chansons" de ce côté ci de la francophonie) de C-Drick par coeur" dira le cinéaste après la fin du film, à l'occasion d'un échange soutenu, franc et chaleureux avec le public. 

Au milieu de ce public, venu voir ce tout petit bout de miracle il y avait trois adolescents d'une quinzaine d'années, deux filles et un gars. Des adolescents venus voir d'autres adolescents, réels, tangibles, de leur ville et portés par le regard d'une caméra lucide et sans jugement appuyé. Et je me suis dit que le visionnage de ce film allait peut-être participer à la construction de leur regard, cette école bis fondamentale qu'offre le cinéma. 

 

Sylvain Thuret
de Montréal, octobre 2010..
Merci à Marcella dont l'accueil a rendu cette rencontre possible !
Merci à Monsieur Girard Deltruc et Monsieur Chamberlan d'avoir accepté ma requête. 

 

CREDITS PHOTOS ET VIDEOS

Photo Nicolas Girard Deltruc
http://www.culturemontreal.ca/fr/organisation/vie-democratique/

Photo 10 1/2
http://blogues.cyberpresse.ca/moncinema/lussier/2010/05/07/le-10-12-de-podz-prometteur/
 

Photo bande annonce murale
< agence Gunther Gumper pour le FNC

Bande annonce King of the l'Est
http://simongaudreau.blogspot.com/p/king-of-lest.html

http://www.dailymotion.com/video/xfeiv9_david-pujadas-en-colere-extrait-fin-de-concession_news#from=embediframe&start=0

 

SOURCES

Site officiel du Festival du Nouveau Cinéma de Montréal :
http://www.nouveaucinema.ca/

Les dix commandements de Claude Chamberlan, article Cyberpresse.ca du 9 octobre 2010 :
http://moncinema.cyberpresse.ca/nouvelles-et-critiques/chroniqueurs/chronique/12831-les-dix-commandements-de-claude-chamberlan.html 



 

Publié dans Cinéma

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