Cale, you hit me with a piano

Publié le par Sylvain Thuret

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L'article qui suit aurait du être publié ici même il y a un an. J'avais demandé la bio de John Cale parue en France Au Diable Vauvert. Je l'ai retrouvé en faisant du tri entre deux maisons, deux disques durs et deux webmags. Comme je le trouve pas mal du tout et que vous êtes plus de 400 personnes à vous rendre ici chaque mois, preuve ultime du talent et goût que j'ai toujours eu pour l'écriture, voici un petit cadeau, intraduisible en anglais. Ou alors il faudrait que je me drogue. Et vite.  

New-York Vs San Francisco. Le cuir Vs les fleurs. On dit que le Velvet est né telle une fleur noire, vicieuse et urbaine sur les sixties finissantes, annonçant la descente en règle de la décennie suivante. 1967 : la contre culture devient plus sadienne, plus corsée, jouant de la dissonance et autres triturations soniques et masochistes.  

"En Californie, Frank Zappa se foutait de notre gueule".

Une dissonance apportée par John Cale, frère ennemi de Lou Reed, né au Pays-de-Galles et ayant suivi une formation classique, initialement intéressé par l’improvisation et l’avant-garde instrumentale avant de plonger le nez dans la poudrière rock'n roll.    

Un parcours et une carrière marquante pour le rock en général et la musique en particulier, racontée dans un livre autobiographique co-écrit par Victor Bockris, serial biographe présent dès le début des années 70 aux côtés du groupe. Initialement édité chez Bloomsbury en 2000, What’s welsh for Zen ? se trouve enfin disponible en Français Au Diable vauvert, dans une traduction de Stan « Rock & Folk » Cuesta. Ce qui est far from being de la merde.

Le Velvet, je l’ai découvert sur le tout premier Tindersticks, dans ce jingle jangle travaillant la beauté et l’inquiétude. On dit de ces 4+1 qu’ils ont fondamentalement changé l’histoire du rock, avec Warhol dans le rôle du chef d’orchestre et  Nico pour héroïne. Ce groupe a précédé de dix ans, dans son agressivité latente et son attitude, l’avènement du punk. Si l’apport de Cale en matière d’audace sonore semble aujourd’hui un fait établi, l’écriture de Lou, sa grande force nous dit John, a amplement participé à la prise de pouvoir du verbe dans le rock. Pour la relation Lou Reed/John Cale, Lennon & MacCartney à côté, c'est les bisounours en short à la playa : se piquant autant le bras que leurs copines respectives, jusqu'aux déclarations de guerre avec la presse au milieu… le tout en s’appelant régulièrement pour consulter l’autre. 

"J’essayais d’obtenir quelque chose de grandiose et Lou (...) voulait des chansons mignonnes" - Hors série des Inrocks, 2002.

Lou Reed l’ayant viré du groupe sans lui demander son avis, Cale a poursuivi une carrière de songwriter et producteur extraordinaire, confirmant la place fondamentale qu’il avait au sein du groupe original. Il a ainsi collaboré et produit parmi les artistes les plus définitifs du 20ème siècle. Séance jaw dropping : producteur du premier Stooges, du Horses de Patti Smith, producteur des Modern lovers, du second Nick Drake, collaborations régulières avec Brian Eno et David Byrne des Talking Heads, et producteur pour Alexandro Escovedo, un chouchou de La Mensuelle.

"On communique beaucoup mieux avec la musique qu’avec le langage. Si vous pensez qu’il y a quelque chose en dehors de la musique qui vous aidera plus que la musique elle-même, vous avez tort".

A écouter ses chansons solo, je prends la mesure de cette information capitale relayée par le service presse du Diable : "John Cale a influencé Joy Division". Le ton austère et les mélodies, avec quelque chose de très recherché pour déboucher sur une simplicité retournée, viciée, se révèle effectivement être un patron de certaines chansons du Joy.

Quand Leonard Cohen a débarqué à New-York pour se frayer avec les beats, il est tombé raide dead amoureux de Nico. Sans rédemption possible auprès d'elle, il et est allé boire un coup avec le Lou. Qui l’a immédiatement reconnu comme un égal.

20 ans plus tard Cale lui demandera les paroles originales d’Hallelujah. Il reçoit les 15 couplets uncut et la retravaille en vue de la compil hommage I'm your fan produite par les Inrocks en 91. Leonard Cohen doit beaucoup à cette version, à la source de ce que Buckley en a fait. Toujours dans les Inrocks, ce dernier déclarait en 94 s’être inspirée de la version Cale. Et c'est à partir de cette version qu'Hallelujah est devenu ce morceau household, connu dans le monde entier, repris dans les talent shows mainstream et interprété par K.D. Lang pendant les J.O. de Vancouver en 2010.  

La mise en page du livre, très « 27 enveloppe » (les gens chargés du design chez 4AD), met en avant beaucoup de belles photos, certaines connues et d’autres issues d’archives familiales. 

Le ton est celui de la confession, très personnelle, avec force détails sur sa famille, son rapport à la musique et la façon de mener sa carrière. Et pourtant, une fois le livre terminé, on se demande si John Cale nous a bien tout raconté. Dire l’essentiel avec franchise tout en conservant le mystère, pas banal. Bonhomme génial, super lecture. 


Merci à Madame Vaudoyer pour m'avoir adressé ce très beau livre.
What's welsh for Zen, John Cale, par Victor Bockris. 
Au Diable Vauvert, 2011. 


Sylvain Thuret
mars 2011-mars 2012


Publié dans Musique

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