The Searchers : ouverture, fermeture, histoire de cinéma

Publié le par Sylvain Thuret

 

Le western, cet horizon masculin, avec ses visages épris de soleil, la rétine brûlée de sueur. Et puis ce film, où plutôt ce film dans le film, qui désamorce tout en une magnifique poignée de secondes. Ouverture sur une ombre, tableau vivant et délicat, contour de femme qui va au devant du désert et de la lumière. Elle avance,  la caméra, épouse ses pas. L’âtre d'un foyer plongé dans le noir laisse la place à Monument Valley. Notre pupille s’élargit, tandis qu’elle scrute l’horizon, qui lui apporte un homme, Ethan. C’est un soldat, un mercenaire, un drifter. Son histoire est plongée dans le non dit, hors champs. Il dit vouloir payer son frère pour le séjour, comme si il lui devait quelque chose. L’amour qu’il a pour sa belle sœur par exemple, adultère effleuré sur lequel plane une paternité incertaine concernant sa plus jeune nièce. C'est là le nœud dramatique du film, invisible pourtant au spectateur distrait. Puis la famille se fait massacrer par une tribu indienne, qui enlève la petite dernière, seule rescapée. Ethan part à sa poursuite, quitte à la tuer si elle ne veut pas revenir de son côté. Seconde image forte du film, lui de dos, massif, elle recroquevillée, à sa merci. Que va-t-il faire ? On sait bien qu’il ne va pas la tuer mais son dos offert à notre regard nous laisse dans la crainte, l’espace d’une seconde. Une seconde qui a des allures d’éternité. Puis il la soulève sans aucun effort, comme un fêtu de paille. Comme l’enfant qu’il avait connue autrefois, comme son propre enfant qu’il reconnait enfin. Intense moment d’émotion qui fonctionne A CHAQUE FOIS. Vient le temps du retour au foyer. La jeune femme est rendue à cette même porte qui avait ouvert le film sous le regard de sa mère. Et bien que son geste final l’honore, la rédemption n’est pas de mise pour Ethan. Il regarde vers  nous autres spectateurs, comme pour nous dire qu’il n’appartient pas à ce happy-end convenu. Le foyer et sa douceur lui sont interdits, son cœur est trop petit pour confiner autant de douleur et se retrouver entre quatre murs. Ce qu’Ethan regarde, en miroir avec la scène initiale, c’est l’absence de la femme aimée. Trop brûlé et torturé pour lui aussi revenir à cet ordre domestique qui ici répond de l'ombre, et à la félicité d’une quelconque vie de famille, il appartient au désert et s’en retourne vers Monument Valley et sa lumière cinématographique, errant à jamais dans le creux de nos pupilles, notre cœur fendu par tant de beauté. Vraiment très Ford
ST


    

 

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labeille 16/07/2009 21:21

DINGUE !
Je ne connais pas The Seachers. En lisant ton billet, je suis émue, touchée. Cela me rappelle un film que j'ai vu étant petite (toute petite, j'avais une dizaine d'années, à peine). Ce film est gravé en moi. Tu sais, comme l'épisode de Twilight zone qu'on avait vu ensemble, celui où le soleil se rapproche de la terre, la peinture fond et dégouline sur le tableau... (Des images, comme ça, qui résistent au temps, car j'avais 6 ou 7 ans !)
Pour combler mes lacunes, et avec un petit doute quand même, je fais une recherche sur Internet. "La prisonnière du désert".
C'est bien ce film. C'est celui-là que j'ai vu il y a peut-être 20 ans. Jamais revu depuis. Et j'aime comme tu en parles.

Sylvain Thuret 21/07/2009 03:09


Maille, ma seule fan ! Un gros bisou pour tes commentaires qui me donnent force & honneur. 
Elle était très chouette cette soirée, du Maille en entrée, du Syl en dessert.
On passe une soirée ensemble tous les dix ans, mais à chaque fois c'est Instant karma.  
J'aimerais bien que tu me fasses quelque chose sur Boukhrief et/ou Stone. Même si on a pas les mêmes gouts concernant Stone je serais ravi d'acceuillir un texte de ta plume sur le sujet.