The Johnny Cash Media Relevance

Publié le par Sylvain Thuret

Le jour de la mort de Johnny restera toujours pour moi le 11 septembre 2003. Ce jour là, après le coup de fil de Fab, j'ai ouvert la fenêtre wide open et j'ai joué une heure durant toute la Sun clique. Et plus tard, je chronométrais le petit journal de Béatrice Schonberg : 15 secondes montre en main.

Lorsqu'il était malade au début des années 2000 et qu'il à failli claquer à plusieurs reprises, il fallait se pencher à se démettre le dos pour écouter le vent qui nous venait d'Amérique. Il n'était question que du prochain album, c'était l'attente, l'espoir et la résignation qu'il s'agirait sans doute du dernier. Et au lieu d'un, il nous en a donné plus de cinq : 
American Recordings, son retour éternel, Unchained, the upbeat crowning, Solitary Man au tournant du siècle, on-respire un-grand-coup-il-est-encore-parmi-nous, The Man Comes Around, le long voile noir se fait plus opaque. Le clip Hurt est un faire part, une bio, une chrono, une quasi nécro et un succès sur MTV. June meurt peu après, le mois de juin y perd forcément quelques plumes, notre grand bonhomme aussi. Septembre vient. Et deux autres testaments : le hulk Unearthed, cinq disques de chutes qui ne tombent pas dans l'oreille d'un sourd et en juillet 2006, A Hundred Highways, dernier feu des au revoir. Entre 1993 et 2006, nous sommes passés de la chanson de geste, sa spécialité, à un dialogue avec le néant, sa transcendance, inédite dans toute l'histoire de la musique, pop tout du moins. Mes larmes se fondant dans la pluie. Ils l'emportent, sur le train de minuit.   

Un ami disait récemment de mon obstination à citer ce type comme référence absolue de mon panthéon personnel (pas loin de Leo) 
"c'est fou quand je l'ai connu à 16 ans il citait Johnny Cash et aujourd'hui encore lorsqu'on lui demande ce qu'il écoute il affirme la même chose". Autant demander au ciel de virer vert fluo. En attendant des nouvelles de Dieu Rick Rubin pour la sortie d'une dernière belle américaine, et dans le désespoir de voir sombrer le site "officiel" dans une exploitation de plus en plus mercantile, voici l'autoproclamé Johnny Cash Media Relevance, dont le but est de recenser all things Cash qui pourraient vous échapper... mais pas à moi. Train of love

MUSIQUE 

Kris Kristofferson, The Final Attraction, album This Old Road (2006).
Dernière chanson du disque : Kris invoque ses amidoles récemment disparus. "Allez remonte encore sur cette scène et donne tout ce que tu as, une fois encore car je sais que ce que tu fais, c'est comme faire l'amour". Lorsqu'il trinque à leur santé et qu'hésitant il demande à son auditoire de boire peut être aussi à la sienne, lui qui est si méritant, général n'ayant à répondre qu'aux commandeurs, lui qui a 73 ans... c'est très émouvant. Que l'on t'y prenne à mourir un de ces quatre Kris, car je te promets, à toi aussi, l'éternité. 

Larry Gatlin & the Gatlin Brothers, Johhny Cash is Dead and his house burned down (2009).

LITTERATURE

Arno-Bertina.jpgComment j'ai appris à ne pas rire du démon, Arno Bertina, Naïve sessions, 2006.
Relecture mi fiction mi biographique du mythe en 3 temps, par un jeune auteur français. Les dernières pages couvrant la période Rubin sont particulièrement intéressantes et partisanes contre June, façon Yoko Ono = EVIL, à contre courant de l'hagiographie béate sur leur couple. Elles placent Rubin au centre du repositionnement créatif, respectant à la fois le style de l'homme tout en lui proposant de chanter du Nine Inch Nails

Cash, Une vie 1932 - 2003, Dargaud pour la France, Reinhard Kleist, 2008.
Le titre original est I see a Darkness, d'après la chanson de Will Odlham interprétée en duo sur Solitary Man. Très belle et touchante bande dessinée biographique d'un jeune auteur allemand. La dernière partie sur la vieillesse et la disparition de June montre un amour réel pour le monsieur. L'oeuvre "colle" plus au sujet que le film de Mangold, pensé pour les masses. Une obligation. 


La Tour Sombre, Stephen King (retrouver le tome et la page). 
Il est question d'une chanson diffusée à la radio juste avant un échange sanglant de coups de feu. La Tour Sombre ayant été rédigée dans les années 80, ce clin d'oeil est important. En effet il s'agit pour Johnny d'une période creuse qui lui a couté sa carrière médiatique mais pas son spectacle itinérant. Stephen King aime le rock et cite souvent ses idoles dans ses livres. 

TELEVISION

The last  great american, BBC, 2004.
Programme hommage suivant sa disparition, avec des invités de choix. On y apprend que la meilleure commentatrice de Johnny... est sa fille Rosanne. Tout ce qu'elle dit de lui est définitif, précis, intelligent, vrai, chaloupé et glorieux et mériteraient d'être cités. Exemple : "Les gens se sont mis à dire après American Recordings, "Hey ce mec est cool" ! Je pense qu'il a toujours été la définition même du cool et ce dès le départ. Certains ont juste mis un peu de temps à s'en rendre compte". Autres morceaux de choix : Rick Rubin parle ; le regard final éperdu de larmes de Kris Kristofferson
PUBLICITES
SEAT (2008)
Chanson utilisée : God's gonna cut you down, American V (2006)



 
NIKE 
Chanson utilisée : Hurt, American IV (2002)
Cette publicité est importante car elle se veut le reflet d'un shift post 11 septembre. A la win arrogante des campagnes Nike des années 80 et 90 succède ainsi le doute et la souffrance. Et Agassi portait une moumouthe...

CINEMA
The Crazies, Breck Reisner (2010)

Le remake du film de Romero s'ouvre avec We'll meet again, dernier track de American Recordings : Man comes around (2002). La chanson est d'abord illustrative/omnibus, puis elle est présentée infra, jouée à la radio. 


The Hunted, William Friedkin, 2003
Le film s'ouvre et se cloture sur la voix de Cash 
"God said to Abraham, "Kill me a son." 
Abe says, "Man, you must be puttin' me on." 
God say, "no"; 
Abe say, "what?" 
God say, "You can do what you want, Abe, but the next time you see me comin', you better run."
Abe says, "Where do you want this killin' done?"
God says, "Out on Highway 61."

Le film est une variation contemporaine de ce passage de la bible, où le fils prodigue... cherche à tuer le père. Toute éventuelle relation avec un pays ayant nourri la branche terroriste ayant coûté la vie à 3000 personnes le 11 septembre 2001 n'est qu'une vue de mon esprit torturé. 


Dawn of the Dead, Zack Snyder (2004).
Chanson utilisée : The Man comes around, American IV.
Dylan overture pour Watchmen, Johnny Cash pour ce remake du film de Romero. Snyder shoote ses intros aux plus grands songwriters américains, pour signer des oeuvres adressés aux geeks gavés de numériques et de culture bis. Et ces télescopages donne les séquences les plus intéressantes de ses films. On attend que le jeu vidéo fasse à peu près la même chose. 


Queenie in Love, Amos Kollek (2001).
Victor Argo (mouchoirs 2004) joue un vieux solitaire lui même perdu dans Manhattan. Il rencontre une jeune excentrique. Pour la séduire, il décoche une chanson c&w, Loretta went south (écrite par l'acteur). Epatée elle lui dit ensuite sur le sidewalk "tu as chanté ça comme, comme... Johnny Cash !" Et il répond "Moi c'est plutôt Willie Nelson". Willie et John ont fait partie d'un supergroupe de chanteurs folk & country dans les années 80, les Highwaymen. Later ils ont enregistré ensemble une soirée pépère pour l'émission VH1 storytellers, éditée chez American Recordings

Silent Hill, Christophe Gans (2006).
Chanson utilisée : Ring of Fire.
Quand l'héroine se réveille dans cette ghost town, elle est accueillie par Ring of fire. Je pense que le 11 septembre 2003 a été une date très douloureuse pour les américains, qui au moment d'un rappel douloureux perdaient un père officieux de la nation. Et que ces images de cendres associées à sa voix en sont une sorte d'écho visuel, involontaire d'après mes sources.  

Walk Hard, Jake Kasdan (2007).
Annoncé comme une parodie de l'avalanche de biopics ripolinisés pour le grand public mondial, Walk Hard se révèle au final être un film à charge contre le retour en grace de Johnny Cash et sa place dans la culture américaine. Le film est extrêmement méchant et se plante dans l'acharnement qu'il a de vouloir ringardiser son oeuvre. J'idolâtre peu, mais j'idolâtre bien : que Johnny ait fait des trucs ringards soit, comme évangéliser les foules pour le compte d'un Billy Graham descendu par Roland Barthes dans Mythologies, porter des tenues à rouflaquettes improbables, produit une version variétoche de lui même dans les années 80, serrer la main de Bush Jr. juste avant de nous quitter etc nobody's perfect et j'en discute anytime. Mais ce film touche à l'intouchable. La preuve ? Alors que l'ensemble des productions Apatow cartonne aux US, ce film a fait un four que certains jugent incompréhensible. Et Reilly de se justifier misérablement en interview : "non non j'aime vraiment beaucoup Johnny Cash". Une fois mon père m'a dit devant un match de foot auquel participait Pelé "Tu vois l'arbitre a sifflé une faute mais il s'est presque excusé auprès du joueur. Pourquoi ? Parce que c'est Pelé". On attend toujours des excuses d'Apatow pour s'être aussi méchament planté envers l'une des plus grandes icônes de la culture américaine. Apatow a voulu taper sur les ploucs ? Il n'y avait pas plus mauvaise cible. Le titre du livre : "Comment j'ai appris à ne pas rire du démon". 


Walk The Line, James Mangold (2005).
Bluette sympa qui a permis à toute une génération girlie de remettre Johnny Cash sur leur bouche à défaut de leurs oreilles. Reese est assez incroyable. Tous les détails faits pour retenir l'attention des mordus sont intéressants : le personnage de Sam Philips, la cigarette et le "j'ai déjà trouvé mon style" de Luther, Johnny observant sans un mot le chewing gum Elvis sur le côté de la scène, belle maman Maybelle et son attitude de chrétienne ++ "tu es déjà dedans ma fille", le pot de yaourt final, les larmes qui affleurent pendant les duos... Il était important pour moi ce film. J'aimais ce type seul dans mon coin depuis 1993. Et là tout d'un coup un film Hollywoodien, les chansons, les personnages, des clins d'oeil. Tout cela prenait vie, était susceptible de faire connaitre et reconnaitre ce personnage important de la musique américaine et mondiale. Pas un chef d'oeuvre, mais un véhicule necessaire. 

JEUX VIDEO

Guitar Hero, Activision (2008).
La pogne numérique de notre homme apparait dans le 5e Guitar Hero. Je n'en pense pas grand chose, mis à part qu'ils tentent de casher sur l'effet Walk the line. Je rêve plutôt d'entendre sa voix évocatrice dans un jeu. C'est simple. Tu fabriques une séquence pas trop mal, tu lui donnes un sens scénaristique. Tu fous la chanson qui colle le mieux avec et hop, goosegumps assuré. Comme le Blue Oyster Cult utilisé dans Prey par exemple. 







 

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