Satoshi Kon...

Publié le par Sylvain Thuret

J'apprends à l'instant la disparition de Satoshi Kon. C'est Alexandre Thomassin qui m'a fait connaître ses films il y a une dizaine d'années et qui régulièrement me passait chaque nouvelle oeuvre. Perfect Blue, Millenium Actress, Tokyo Godfathers. Puis Paprika et Paranoia Agent, oeuvres célébrées que je n'ai pu voir dans de bonnes conditions -je travaillais pour une banque- et qui pourraient bien être son testament...

 

Son cinéma était plus dur et acerbe (voire sadique) que celui de Miyazaki et Takahata auxquels on le compare souvent en terme d'importance et de rayonnement au sein de l'animation Japonaise contemporaine. Après le très ambitieux Paprika daté de 2006, sa fiche IMDB annonçait les projets "Dream Machine" et une nouvelle itération de Paranoia Agent - sous forme de long métrage ? - en gestation. 


Si les trois films que j'ai pu voir m'ont paru remarquables, je dois dire que mon préféré a été Millenium Actress, déclaration d'amour au cinéma Japonais, de Kurosawa à Ozu en passant par Godzilla. Et donc au cinéma tout court. Commentaire fulgurant sur la production de la culture japonaise et la représentation de son histoire en fonction des modes et des besoins, Millenium Actress est bien plus qu'un "animé que l'on mate" pour reprendre le vernaculaire de l'otaculcul franchouillard. C'est un film que l'on peut voir et revoir pour en épuiser le mystère, de la beauté plastique à la narration à tiroirs (ou a clefs, pour reprendre le motif que tient l'actrice dans ses mains sur l'affiche du film) en passant par le sens recherché par l'auteur, convergence d'une oeuvre finie et signée du début à la fin.  

 

 

Ne versant pas vraiment dans la Japanophilie aigue qui semble avoir pris d'assaut notre beau pays depuis l'ouverture des vannes éditoriales il y a près de dix ans, Kon était néanmoins, avec Makoto Shinkai et Yoshiaki Kawajari, une figure du cinéma d'animation dont le travail m'excitait fortement, car il repoussait lui aussi le medium, avec une narration de plus en plus ambitieuse pour ne pas dire "adulte" et un souci de repousser la perfection technique. Voir ses films rangés d'un seul bloc au rayon estampillé "Manga" dans les Fnac aux côtés de séries s'adressant à l'enfant de 8 ans qui sommeille en nous, me semble toujours aussi incongru que de placer Lassie Chien Fidèle à côté de The Searchers de John Ford sur une étagère dédiée au western. 


De tous les cadors apparus dans les années 80 pour assurer la relève du cinéma d'animation Japonais, il était peut être le plus frontal, le plus acide et le plus ambitieux. Chaque oeuvre qu'il produisait était synonyme d'un cran supplémentaire pour tout le reste de la production. Et de savoir que l'on ne verra pas d'autres films signés de sa main n'est vraiment pas une bonne nouvelle. 


Publié dans Cinéma

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