Pontypool

Publié le par Sylvain Thuret

Après le visionnage de Dead Set, une recommandation anglosaxonne de Yannnick Dahan, qui voit Loft Story rencontrer frontalement La Nuit des morts vivants, mes recherches m’ont amené vers ce petit film, Pontypool, qui m’a déçu au point que je vous en parle. Pourquoi ? Parce que l’on a frôlé le chef d’œuvre.

pontypoolUne voiture dans la nuit. Au volant, un homme buriné avec un chapeau de cowboy. Il se gare devant une station de radio. Nouvelle journée de travail. C’est un talk show host qui vient de se faire virer d’une grande station, pour l’avoir ouvert trop grande ou pour délit de cheveux grisonnants (ça le film ne le dit pas ouvertement). Grant Mazzy fait ses premiers jours au sein d’une toute petite bourgade Canadienne, Pontypool, épaulé d'une jeune stagiaire et de Sidney la productrice.

Sa voix est extraordinaire et il joue effectivement aux cowboys à l’antenne, ce qui déplait fortement à Sidney qui lui rappelle les besoins des gens du coin : la température météo et l’heure de passage des bus scolaires. Puis d’étranges informations arrivent à ses oreilles. Une foule hargneuse aurait provoqué des violences dans un coin de la ville. A partir de là, la tension va monter d’un cran. En 39, Orson Welles narrait à l’antenne de CBS une fausse invasion alien. La situation est ici inversée : l’invasion, bien réelle dans le procès du film, vient ici aux oreilles de notre animateur, qui ne voit rien, et nous avec. Des témoignages téléphoniques de gens apeurés nous renseignent sur la progression dramatique. Le hors-champs menace. Que va-t-il se passer ?

La réponse est : pas grand-chose.  Alors que la première partie du film est exemplaire et aussi marquante qu’un incipit issu des meilleurs King, Carpenter ou Romero, la confrontation attendue, qu’elle soit frontale ou plus insidieuse, n’a jamais lieu et la seconde partie peine à être à la hauteur du cadre de départ. Si un bon film tient en partie à la stature de son « méchant », tout le charisme est ici porté sur les épaules de notre cowboy de banlieue enneigée. Le clash proportionnel à sa présence est inexistant et l’explication du virus, si elle est originale et titille mon côté littéraire (« Pont de Flac ! ») demeure farfelue. Très déçu sur le moment, je me suis malgré tout repassé le film une dizaine de fois les nuits suivantes, pour retrouver ces personnages et ce huis clos initial, entendre leur voix et leurs interactions avant de m'endormir. 

   


Et comme pour se rattraper de n’être "que" des bon petits gars et pas encore des maitres absolus, les auteurs nous donnent, lors des toutes dernières secondes post générique, un sketch plongeant le charisme de notre duo principal dans un univers à la Sin City, pour nous dire à bientôt. Cet à bientôt devrait se matérialiser sous la forme d’une suite prévue pour 2010, sous le titre Pontypool changes. De hautes espérances en somme. 

 

Sylvain Thuret

 
Pontypool (2008)
Un film de Bruce Mc Donald 
Avec Stephen McHattie (Grant Mazzy),
Lisa Houle (Sidney Briar), 
Georgina Reilly (Laurel Ann Drummond)
95 min.
 

 

Publié dans Cinéma

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