Movie connections: Priest Vs The Searchers

Publié le par Sylvain Thuret

Après un Legion en forme d'omelette à côté duquel un Constantine rayonne de filles nues, Scott Charles Stewart, jusque là bien parti dans une carrière réussie au rayon des effets spéciaux chez ILM puis Orphanage, rempile avec Priest, dont les premières images ont été lachées sur le monde. Qui tremble forcément. 


Et en plus on a le droit à un cours de langue. Pour les références, on coche d'entrée de jeu :

- La déferlante vampirique n'en-jetez-plus-merci ;

- Plus particulièrement Vampire Hunter D Bloodlust de Kawajari. Priest serait d'ailleurs, d'après une source vague comme la mer, une adaptation d'un manga japanoite ;

- Un look & feel bien pérave qui me rappelle le samedisoiresque mais sympathique Mutant Chronicles. Avec un gros "mais" quand même. Pour Le Phare de l'angoisse, la scène des toilettes j'avais dit "ce mec on en reparlera" et voilà le résultat.

Mais là où je m'insurge de cheval, c'est dans la citation hurlante de The Searchers de Ford, qui est tellement énorme qu'on dépasse la ligne de démarcation hommage/pompage pour toucher - touchons nous ensemble - à ce qui ressemble fort à du ridicule.

Battle de pitch ! Oui ce vernaculaire craint du boudin, mais on sait jamais, un décideur de TPS pourrait passer par là, c'est la flexibilité. C'est officiel je viens d'atteindre le titre de paragraphe le plus long de ce blog

The Searchers : Ethan Edwards, mercenaire solitaire, dangereux et jusqu'au boutiste décide de venger sa famille massacrée par de méchants indiens. Il part à la recherche de sa nièce capturée par leur chef Scar (cicatrice). Et il se dit prêt à la tuer si elle est devenue une des leurs.

Priest : un prêtre se met en marge de sa confrérie pour venger sa famille massacrée par de méchants vampires. Il porte une marque sur son front une cicatrice en forme de croix et on imagine bien qu'il se pose la question suivante : "Will she be turned or not?" Ce qu'on pourra traduire par "Putain si elle a les dents je lui mets mon gros pieu ou je retourne manger des nouilles chez les trappistes ?". 

Quant à souligner l'ambiguité de la paternité d'Edwards (la belle doche en pince), on pourrait dores et déjà la mettre en parallèle avec le statut de prêtre. En général un prêtre, ça fait voeu de chasteté : utiliseront ils cette voie ? Mais plutôt que de partir en pamplemousse, oscultons les faits. 

Des signes qui ne trompent pas, comme dirait Barthes (Simpson. Oui celle là c'est pour Direct star)

Priest 

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Dans le susdit trailer, après un plan supra pastiche où le père, déguisé en fermier est cadré dans une fenêtre évoquant l'ouverture du Fordle personnage de la mère dit à sa fille :

"Whatever you hear, don't scream".

Que les spectateurs pourront traduire par "Quoi qu'il arrive de navrant, ne quitte pas la salle".

The Searchers

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"You won't make a sound or come back, no matter what you hear".

La mère vient de gifler sa grande soeur Lucy, dont le cri (scream) donne au film un de ses nombreux grands moments. Et comme par hasard, la nièce de Priest s'appelle... Lucy ! L'appeler Debbie, c'était un peu pousser mémée dans les orties, alors ils sont allés jusqu'à sa soeur. Et lorsqu'elle crie dans la BA, elle ou une autre jeune fille je n'en suis pas sur, le plan est étrangement similaire au cri de la "vraie" Lucy. Bravo les méninges.   

Dans cette bande annonce, nous avons également droit à cette magnifique phrase choc bien rebattue depuis Delta Force 2

- "The war is long over" = "Braddock ! Attention où vous mettez les pieds".
- (Le prêtre) : "The war is not over for me" = "Je les mets où je veux. Et c'est souvent dans la gueule.

La guerre dont il est présentement question oppose la population des humains et celle grandissante des vampires. Lorsque The Searchers débute, il est suggéré à demi mot qu'Ethan a pris part à la Guerre Civile sous le drapeau sudiste et qu'il considère cet échec comme le sien. Retrouver sa nièce prend alors une dimension doublement personnelle, qui dépasse le cadre de la simple vengeance familiale.  

Tout cela est dit noir sur blanc par le réalisateur lui même dans une interview : 

"It's really a war movie. It takes place in a western setting, and it's a retro-futuristic world, but it's a war movie. Actually, it's kind of an after-the-war movie".

(...) 

"It's mashing up a bunch of stuff, but when you start to look at John Ford's THE SEARCHERS, and you start to say, Okay, what if vampires were the Comanche?

Hommage, pompage, camouflage
Toute cette histoire illustre parfaitement l'échange Joe Dante/Bertrand Tavernier dans Amis Américains, p.912, ouvrons les guillemets :

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BT: Dans le cinéma américain, il y a parfois des remakes conscients ou inconscients. Je prends un exemple : Witness (1985) de Peter Weir qui démarque, mais entièrement copié, le scénario d'Angel and the Badman (l'Ange et le mauvais garçon, 1947) de James Edward Grant.

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JD : Ceux qui ont fait Witness ne savaient peut être pas que l'autre film existait. Le scénariste, oui, mais le producteur et le réalisateur, eux ne l'avaient peut être pas vu. Cela ne m'étonnerait pas.

(...)

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BT : (...) Aujourd'hui, les scénaristes ont souvent étudié le cinéma, dans une école ou ailleurs. Ils seront capables de prendre en la masquant l'intrigue d'un film qu'ils ont vu et vendront ensuite le projet présenté comme nouveau à des gens incultes qui ne s'apercevront de rien.

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JD : Imaginez un scénariste coincé par le temps qui doit trouver une idée. Il peut se dire :"Je vais vite regarder quelques trucs et voir si je peux piquer l'intrigue ou la structure". Et il le met dans son propre scénario. Si cela marche une fois, pourquoi s'arrêter ? On m'a raconté, mais j'ignore si c'est exact, que des gens ont pris le scénario de Casablanca, ont changé le titre et le nom des personnages puis l'ont soumis aux studios. Aucun lecteur ne s'est rendu compte de la supercherie ! 

P.924

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BT : Pourquoi cette mode du remake persiste-t-elle ? 

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JD : Par paresse ! Dans les studios, certains dirigeants ne lisent même plus les scénarios. leurs assistants les enregistrent sur un magnétophone et ils écoutent ça dans leur voiture sur le chemin du bureau. Vous savez quoi ? Un remake leur évite de lire un scénario ! Ils n'ont qu'a s'asseoir sur leur canapé et regarder le film original. Et conclure éventuellement par : "Oh c'est génial, faisons donc une remake de ce beau film" ! Prenez Yours, mine and ours, cette comédie réalisée en 1968 par Melville Shavelson avec Lucille Ball et Henry Fonda. En 2005, elle a été l'objet d'un remake avec Rene Russo et Dennis Quaid, réalisé par Raja Gosnell. Et regardez la bande annonce : c'est exactement la même !

Et bien, très cher Joe, je crois bien que c'est ce qui s'est passé ici. Un petit malin en panne d'idées a repris l'incipit de The Searchers, remplacé les indiens par des vampires et un cowboy errant par un prêtre outcasté ("Je suis venu vous demander le droit de réintégrer les rangs"), ashufflé deux trois trucs comme la cicatrice et le prénom de la nièce et a vendu ça a un studio dont le trailer de promotion se pose comme l'éléphant dans la pièce, celui que l'on ne voit pas. 

Undead, Pandorum, Daybreakers, Legion, Mutant Chronicles... J'ai envie de voir ce genre de films. Le fait est que trois fois sur quatre, c'est la débâcle et je me repasse The Thing pour la 20e fois. N'est pas Carpenter qui veut. Entre les films de ce dernier, remakés à tour de bras depuis cinq ans - on parle même de refaire New York et la Chose justement, berk - et ces films insipides aux budgets faramineux, on voit bien que les cojones ne sont pas de mise et que pour un District 9 financé par Jackson, un Hellboy 2 faux produit et vrai grand film, arraché à force de patience et de reconnaissance par un Del Toro de plus en plus doué, ou même un Splice naviguant dans des eaux financières et cibles plus modestes, on voit pas mal de turds obtenir un feu vert incompréhensible.  

Et puis un très bon superviseur d'effets spéciaux ne fait pas forcément un bon cinéaste. Un James Cameron, qui est passé des décors et SFX chez Corman à la réalisation avec un classique certifié dès le second long métrage, ça reste rare. John Bruno, qui a travaillé avec lui sur Avatar dans un rôle clef pour des effets spéciaux reconnus mondialement comme révolutionnaires et ouvrant de nouvelles perspectives, s'est essayé à la mise en scène avec Virus en 1999. Et il n'a visiblement pas persisté dans cette voie. Pour Scott Charles Stewart... well. Avec Legion et cette annonce en forme d'aveu, il part de très loin. Et si jamais Priest s'avère est un nouveau plantage en règle, ce que je subodore fortement, on lui souhaite de pouvoir continuer à faire de bien belles choses chez Orphanage.

Sylvain Thuret


Notes & sources

Itw Scott Charles Stewart : 
http://www.comicbookmovie.com/fansites/TheDogPound/news/?a=14087

Searchers overture
http://lamensuelle.over-blog.fr/article-33654657.html


Amis Américains, Bertrand Tavernier, réedition 2008, Actes Sud.


 

 

 

 

Publié dans Cinéma

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