MO5, vers une cinémathèque du jeu vidéo ?

Publié le par Sylvain Thuret

 


"Pour pouvoir montrer une oeuvre ancienne, il faut d'abord qu'elle existe, c'est à dire qu'il faut l'avoir conservée. Pour pouvoir la conserver, il faut d'abord l'avoir collectionnée". Ces mots sont ceux d'Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque Française.

Et c'est au détour d'une vidéo consacrée à Silhouette Mirage de Treasure que Philippe Dubois, président de l'association MO5 évoque, je cite, "des pourparlers en cours avec le gouvernement et le ministère de la culture", en vue d'un   projet de "musée national du jeu vidéo" qui ressemble fort à ce qu' Henri Langlois avait su mettre en place pour la conservation des films et le partage de la culture cinématographique. 

Cet été, une autre organisme, Alerte Orange, qui a produit La Fabuleuse histoire du jeu vidéo, s'est vue très rapidement ouvrir un étage de la Défense pour une initiative similaire. Etrangement, les portes se sont refermées très vites, pour des raisons aussi obscures que ma cuisine (une ampoule qui a pété).  

En activité depuis une dizaine d'années, les motivations de MO5 semblent moins commerciales que culturelles, ce qui les positionne doublement comme l'entité la plus légitime pour obtenir un soutien du gouvernement pour un tel projet. Un soutien qui ferait de la France, comme ce fut le cas pour Langlois qui s'est battu contre vents et marées, un pays pionnier en la matière, suivi par les autres nations. Et God only knows si la France aurait bien besoin de voir s'adjoindre actuellement le mot "pionnier" dans une entreprise, favorisant qui plus est le rayonnement culturel Français.      

En septembre 2009, j'avais pu observer, dans le cadre du Festival du jeu vidéo à Paris, la mise à disposition du public de tous les ages et origines, de trésors originaux comme Radiant Silvergun sur Saturn ou le premier Metal Slug sur Neo Geo, que j'ai filmé en TRES gros plan et conservé dans le montage de mon tout premier clip video. Il faut savoir que la cartouche originale de Metal Slug atteint aujourd'hui la valeur de 1500 euros en occasion. Et que même sa copie sur cartouche vierge (on appelle ça un convert) tourne autour de 200/300 euros. A la différence d'un Radiant, assez cher mais que l'on trouve relativement facilement, un tel Graal ne court pas les rues et le mettre à disposition du public est en soi, une déclaration d'intention.  

Car ces jeux et les machines qui les embarquent, demeurent parfois obscures et peu accessibles, aux jeunes générations mais aussi pour les "nouveaux joueurs senior", ce reste du marché ciblé par Nintendo. Pour des raisons financières donc, liée à des raisons de rareté, mais aussi d'une industrie qui, à l'heure actuelle, fabrique encore trop souvent de l'oubli, malgré un retour en force des anciens jeux sous forme de remakes en téléchargement et de manière générale du "Retrogaming".

Le gouvernement Français, loin d'être à la page vidéoludique, s'est laissé distancer par des pays comme le Canada ou les Etats-Unis pour la promotion et le développement du jeu vidéo et des nouvelles technologies numériques. On se souvient de Jacques Chirac et du "mulot" il y a dix ans, d'une reconnaissance actuelle qui fait passer Dany Boon et Gad Elmaleh devant Philippe Ulrich et Eric Chahi, sur liste d'attente ou encore de la campagne publicitaire surréaliste mandatée par Nadine Morano qui mettait sur le même plan jeu vidéo et pédophilie. Un retard aux conséquences bien réelles, dictées noir sur blanc par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat aux nouvelles technologies, interviewée dans Amusement :

"On estime que le retard d'investissement de la France dans le numérique par rapport aux Etats-Unis nous aurait fait coûté 1 à 2 points de croissance par an en moyenne, ce qui est considérable ! Cela veut dire que l'on peut aujourd'hui chiffrer le manque à gagner entre 300 000 et 800 000 emplois en France".

Un manque dont je fais probablement moi même les frais, puisque mes demandes de formation en PAO et logiciels d'édition sont restées vaines depuis 2005 et qu'un conseiller ANPE m'a expliqué que le gouvernement ne considérait pas les formations aux logiciels graphiques et web comme une priorité.

La secrétaire assure pourtant, malgré une approche privilégiant encore un peu trop le "serious gaming", comme si la création en elle même n'était pas assez sérieuse, qu'un budget actuel de 4,5 milliard d'euros (!) est mis en place pour aider au développement de la "Société numérique". Une appellation qui me fait penser aux idiomes "Société de l'information" et à l'"Education à l'image", que je n'ai pas vu éclore et qui aujourd'hui pourtant, se retrouvent liées de facto au développement du net et de ses corollaires technologiques, autant de chantiers évoqués dans l'interview : le "e-learning", le "cloud computing", "le numérique pour tous" etc. 

C'est dans le cadre de ce plan et du soutien de Frédéric Mitterrand, plus ouvert que ses predecesseurs, que le musée à toutes les chances de voir le jour. On se souvient que François Mitterrand avait ouvert les vannes en 1980, tout en bénéficiant du travail de longue haleine de ses prédécesseurs pendant les 30 glorieuses, pour la culture et la Cinémathèque, quand celle ci s'était débattue financièrement sous le Gaullisme. 

En espérant que ce budget et ces "pourparlers" concernant plus directement MO5 ne soient pas remis en cause par le prochain remaniement ministériel, ce qui serait une catastrophe. 

Conclusion : je cherche un emploi dans le secteur du jeu vidéo, des médias et de la culture. La rédaction en Français et en Anglais est ma première compétence. La seconde est ma connaissance et curiosité solide du jeu vidéo, du cinéma et de la chanson. La troisième est qu'avec un tel regard et analyse, je peux participer au montage de dossiers et travailler en accord avec les acteurs du secteur, qui constituent de plus en plus mon réseau par le biais de mon blog et de mes démarches. 

J'aimerai voir un tel musée se faire en France, un musée qui bénéficiera je pense de tout le réseau tissé par la presse avec les grands noms du jeu vidéo à l'international depuis 20 ans. Si cela se fait, je pense qu'on aura l'appui des plus grands, pour des conférences, des expositions, des prêts et des échanges internationaux fabuleux.


Sylvain Thuret


Toujours plus

Henri Langlois, premier citoyen du cinéma, G.P Langlois et G. Myrent,
Ramsay poche cinéma, 1986.

Le numérique innerve l'ensemble de notre économie -
Nathalie Kosciusko-Morizet dans Amusement, Avril Juillet 2010.

En juillet 2008, Rafik Djoumi rapprochait déjà Langlois de MO5. MO5 en péril :
http://rafik.blog.toutlecine.com/4209/Mo5-en-Peril/ 

"Frédéric Mitterrand soutient le jeu vidéo et MO5.com":
http://mag.mo5.com/a-la-une/2557/frederic-mitterrand/ 

L'association MO5:
http://mo5.com/ 

Le test de Silhouette Mirage par Retrogame test:
http://www.dailymotion.com/video/xes3x5_silhouette-mirage-saturn-retro-game_videogames 

Publié dans Gaming

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