Le Capital et ses liaisons fatales : notes sur Michael Douglas

Publié le par Sylvain Thuret

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C'est en regardant, sourire en coin, Basic Instinct à la télé l'autre soir qu'Alex nous fit remarquer les rôles sans cesse tendus avec les femmes de Michael Douglas. Des rôles illustrant parfaitement cette tension puritaine, où le sexe s'accompagne toujours d'une punition. On reprend alors ses films un par un et devant le fait accompli je lance : "mais ça ferait un chouette article ça".


romancing the stone ver21984 : DES JAMBES QUI FONT TURNER LA TETE
Dans Romancing the Stone et sa suite The Jewel of the Nile (A la poursuite du Diamant vert, le Diamant du Nil), Michael Douglas se retrouve très vite émasculé. Il y incarne un rip-off passablement ringard d'Indiana Jones. Figure solitaire de la jungle, il se retrouve en charge d'une romancière à bleuettes... qui au fur et à mesure de l'intrigue prend les rennes, son sex appeal éclipsant les attitudes machistes de son partenaire. 


1987 : CHAUD LAPIN & BOURSE PLEINE
Dans Fatal Attraction (Liaison Fatale), Michael se montre très open hors mariage avec Glenn Close. Qui lui fait payer très cher et lui apprend l'axiome suivant : lapin bouillu, lapin foutu !

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La même année, il signe l'un de ses rôles les plus marquants avec le personnage men only de Gordon Gekko dans le Wall Street d'Oliver Stone. La femme y est totalement évacuée. L'argent et le pouvoir sont avant tout un milieu d'hommes, selon la formule toute trouvée du "Capital a ses raisons que le coeur ne connait point". Douglas trouvera régulièrement des rôles de pouvoir, en solo et/ou mis à mal par les femmes, perçues comme des "accidents de parcours", maîtresses lui retirant toute maîtrise. Ces deux directions définissent pratiquement toute sa filmographie, ici non exhaustive. 

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1989 : ON S'ENVOIT SUR LES ROSES
La Guerre des Rose, avec comme directeur Danny deVito, c'est un peu le troisième acte à peine caché, en attendant un remake ou une suite officielle annoncée pour 2011, de la saga Romancing the Stone. Michael Douglas et Kathleen Turner se déchirent pour de bon jusqu'à la mort et c'est assez féroce. 

 



Basic Instinct Movie Michael Douglas Sharon Stone Stills 021990: LE MONDE EST STONE
Après avoir investi le cinéma américain avec le formidable Robocop en 1987, Paul Verhoeven continue à pourrir le fruit avec Basic Instinct, qui lance pour de bon, trois ans après Fatal Attraction la vague interminable du thriller-érotique-glacé-pour-papa. Alex nous rappelle quand même que ce film a fait salle comble aux 4 Clubs à Colombes pendant deux mois ! Le film rend surtout milliardaire son scénariste Joe Eszterhaz. Suivront Sliver, Harcèlement (Michael encore !), Showgirls, Jade, Body... la plupart des scénarios étant signés par Joe himself. La séquence du castor a bien sûr été parodiée, notamment dans la Cité de la peur de les nuls mais aussi dans l'oublieux Loaded Weapon 1, parodie de Lethal Weapon (L'Arme Fatale) avec E. Estevez et Sam Jackson

De manière générale, on peut dire que Basic Instinct a largement contribué à la désacralisation du sexe et de sa représentation dans les mass media. Pour le meilleur... et surtout pour le pire. Quelques années plus tard, alors que je regarde mollement M6, je surprend Ophélie Winter dans un entrechat furtif de gambettes révélant sa toison d'or. Mais non elle n'a pas fait exprès. Mais oui elle a d'autres qualités cette fille : Dieu lui a donné la foune !


Shining_Through_Milan262742.jpg1992 : CROIX GAMMEE Vs BANNIERE ETOILEE
Dans Shining through (Une lueur dans la nuit), cette fois, c'est l'amour, avec Mélanie Griffith. Enfin presque car  l'obstacle est de taille : c'est la seconde guerre mondiale, ni plus ni moins. L'amourette est donc asujettie à la position double du Michael dans la société US et à un contexte social et guerrier où le personnage féminin et sa capacité de séduction sert avant tout d'outil. Pas facile les amourettes pour le beau Michael : à la fin du film, quand il décide quand même d'aller sauver sa secrétaire, il prend deux balles de sniper allemand dans le buffet. Ouch. On notera que l'ensemble des jaquettes et posters du film plonge le couple dans le doute, l'ombre, et autres regards obliques. Avec ici, dans sa déclinaison VHS et CD, une position de la femme inférieure à l'homme, présenté comme son ascendant et son protecteur, pour ne pas dire pourvoyeur.

  

disclosure_ver1-copie-1.jpg1994 : GIMME MOORE 
Dans Disclosure (Harcèlement), thriller vaguement sulfureux, Michael trompe sa femme et s'envoie en l'air avec Demi Moore lors de la première demie heure. Chaud ! Il passe le reste du film à le regretter. Et nous avec : adieux transports vénéneux, place à l'intrigue de bureau ! L'enjeu ? Un lecteur de CD rom ultra révolutionnaire... à 2 vitesses (2x quoi) ! Ce qui fait de ce film un produit totalement typé des années 90, surfant sur la vague du thriller érotique évoquée plus haut et dont la trame cacahouette ne tiendrait même plus aujourd'hui. Alors que la technologie CD semblait être une révolution au début des années 90, ils ont tout simplement disparus, comme le bon vieux lecteur de disquette avant lui, des netbooks, Ipad et autres Macbook air actuels.

 

Une fois de plus, Michael commet un écart, comme dans Fatal Attraction, en paye le prix et doit, pour regagner sa place, se battre contre une femme. Le harcèlement sexuel, sujet très en vogue dans les magazines féminins de l'époque, a ensuite laissé sa place à la notion de harcèlement moral. A noter que Demi Moore, quatre ans plus tard, connaîtra un creux assez retentissant en voulant continuer sur cette vague et concurrencer Showgirls avec Striptease. Elle y joue une mère courage devant se dénuder pour faire vivre ses enfants. Véritable pièce de collection, le site web du film (1996!) est encore accessible aujourd'hui : http://strip-tease.warnerbros.com/ (source : commentaires IMDB). 


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1997 : ICH HABE UNGER
Après Kathleen, Glenn, Sharon, Mélanie et Demi, Michael does Deborah Unger dans The Game de David Fincher. Cela dit, ce n'est pas de tout repos et comme d'habitude, il en voit de toutes les couleurs. Il y incarne encore un puissant, lassé de vivre et qui tombe dans un jeu plutôt mortel où Deborah, présentée comme une alliée embarquée avec lui dans l'aventure, s'avère mener un double jeu et n'être qu'une employée. La morale finale ? En bout de course et à bout de souffle, après avoir connu maintes péripéties, le capitalisme peut perdurer tranquille, une blonde au bras. Et si Deborah n'a pas connu la même gloire internationale que ses consoeurs, ceux qui ont vu Crash de Cronenberg se souviennent encore de son attitude de glace... et de son corsage en feu.  

 

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1995 : LE BEGUIN POUR ANNETTE
Entre temps, Michael avait déjà préparé sa fin de carrière. Ce sont les années Clinton qui, avant le Monica Gate, donnent le miel de ces tartines présidentielles à la Capra que sont Dave avec Kevin Kline (1993) et cet American PresidentLes galipettes adultères et les lapins bouillus faut dire, il a donné. Et c'est avec The American President qu'il signe là un véritable retour à l'ordre. Après avoir incarné un sous Indiana Jones en vacances (Romancing the Stone et sa suite), des flics endurcis et libidineux (Les Rues de SF, Black Rain, Basic Instinct) des patrons courant après l'argent (Wall street, Disclosure, The Game) et un salary man passablement énervé (Falling down) Michael s'offre la Maison blanche (le pouvoir clean et humain), et, sous la plume d'Aaron Sorkin, visiblement en plein ébauche de sa série West wing, la romance bien WASP et bien sage qui va avec : Annette Bening. Mais une fois encore, la romance sera perçue un temps comme un obstacle au pouvoir, les médias s'emparant de l'affaire. Juste avant l'explosion du Monica Gate en 1998, ce type de film prendra un tour plus politique avec Wag the dog de Barry Levinson et The Second Civil War de Joe Dante (tous deux sortis en 1997). 


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1996 : GO GET THEM TIGER!
Dans The Ghost and the Darkness (l'Ombre et la Proie), Michael n'est plus la proie des lionnes, puisqu'il chasse désormais les lions, au côté de Val "Iceman" Kilmer ! Le temps d'un nanard, sorte de Jaws transposé dans la Savanne, ça sent l'homme et ça transpire dans la pampa !


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Alors là c'est la débandade. A force d'être repu et de dire non aux femmes fatales, Michael en est donc venu à chasser le tigre. Pire, dans The Wonderboys de Curtis Hanson (2000), en plein dans la vague des films "mentors" ayant pris feu avec Gus Van Sant et ses Good Will Hunting en 97 et son propre remake Finding Forrester en 2000, il n'a carrément plus de femme, se replie sur la littérature, cite Jean Genet, assiste à des parties d'intello où l'on joue du Leonard Cohen et semble carrément lorgner sur son jeune protégé joué par Tobey McGuire, alors en pleine gestation de toiles après ses premières véritables armes chez Ang Lee (The Ice Storm, Ride with the Devil). Un acteur américain pur jus qui roule en R5, mis à part les propos de Jodie Foster sur les dodoches, j'avais jamais vu ça. 




Solitary-ManLa suite est à l'avenant : un rôle secondaire dans un film nommé Ghosts of girlfriend's past (Hanté par ses ex, ça ne s'invente pas) puis Solitary man en 2009 dont le pitch désigne une fois de plus l'attirance pour les femmes comme un dommage collatéral de la réussite. Et en 2010, c'est le retour aux affaires fracassant de Gordon Gekko, avec la suite de Wall Street, Money never sleeps. Un film faisant état de la crise actuelle, le vieux loup de mer s'adressant en ces termes à de jeunes pousses :"Youre the NINJA generation. No INcome, no Job, no Assets".


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Pour conclure, on connait l'attitude ambigue des Etats-Unis et du cinéma américain sur le sexe, un tabou plus fort que la violence, à l'inverse de la France, avec des films naviguant régulièrement entre provocation et ordre moral. La carrière de Michael Douglas en est un bon exemple, avec des films sexuellement chargés où la femme se révèle sans cesse être une menace potentielle à l'ascension et au maintien de l'homo americanus



 AT/ST
Writing never sleeps
décembre 2010.

 

 

 


 

Publié dans Cinéma

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