Audionamix : La Mensuelle à Cannes

Publié le par Sylvain Thuret

 

A peine rentré de Londres, je reçois une invitation de l’agence DDA pour interviewer le directeur de la société Audionamix, Monsieur Olivier Attia, qui vient de restructurer le son du nouveau master de Psycho(se) pour Universal. Dans l'attente de pouvoir vous montrer notre interview vidéo en cours de montage, voici un premier compte rendu écrit. 

Après deux coups de téléphone à Londres puis au Majestic, l’interview est confirmée. Je travaille toute la nuit pour être fin prêt et obtenir un contenu intéressant. Le lendemain matin après être passé chez ma soeur embrasser mon neveu, je me retrouve dans le premier train pour Cannes, avec sous le bras mon magnum Truffaut/Hitchcock, mes Cahiers du Cinéma circa 95-96 & mes Simulacres consacrés au bald man. Le tout dans un sac fluo du Tate Modern, histoire d'être raccord avec mon précédent post !

Mon père me l'a dit la veille : l'arrivée sur Cannes est magnifique. Dans le train, je fais la connaissance d’une jeune productrice Indonésienne mandatée par son gouvernement afin de promouvoir son pays au travers d'un cinéma reposant sur peu de moyens, du gore, un peu d’érotisme et beaucoup d’énergie, un numéro spécial de Mad Movies ayant dressé un état des lieux passionnant de ce cinéma en 2003. Elle est venue passer des deals sur place auprès d'acheteurs-diffuseurs potentiels, via un bureau situé dans l’enceinte du Palais des festivals. Elle m’aide à trouver la direction du Majestic où je me présente avec deux heures d’avance, épuisé mais heureux puisque je vais pouvoir exercer mon travail de journaliste audiovisuel, dans un lieu chargé d’histoire(s) et de rencontres, qui m’a toujours fait rêver depuis l’adolescence : voir (tous) les films, rencontrer les professionnels, écrire et filmer pour rendre compte… Car en plus de l’interview je suis convié à la projection du nouveau master de Psycho(se) le soir même,  dans le cadre de la sélection Cannes Classic.

me-syl-mike-petit.jpg

L’interview devant avoir lieu a 13h30 sur la terrasse de l’hôtel, j’ai du temps devant moi. Avec Michaël Jarry, jeune réalisateur qu’Angie m’a recommandé de contacter sur place, nous faisons connaissance autour d’un jus d’orange salvateur. Vera, notre productrice Indonésienne, se joint à nous et bien que nous ne nous connaissions tous que depuis un quart d’heure, so to speak, nous sommes très heureux de nous rencontrer dans ce contexte professionnel qui nous passionne tant. Avec Vera à la production, Michaël à la réalisation et moi même aux dialogues, voilà notre maison de production lancée et nous comptons bien prendre Cannes d’assaut dès l’année prochaine ! Nous rions beaucoup.

      Attia-2-top.JPG
Olivier Attia, directeur de la société Audionamix. Photo : MJ/ST

 

Audionamix : it's about sound
Mais l’heure est au travail et non aux châteaux en Espagne. Michaël se joint à moi pour filmer l’interview. Monsieur Attia nous présente la philosophie de sa société et les enjeux technologiques et marketing liés à la remasterisation des classiques de l’histoire du cinéma. Excellent communiquant, visiblement passionné par son travail et les contrats de plus en plus puissants que sa société est en train de passer auprès des majors (il est questions hors caméra d’un prochain travail pour Warner sur un « blockbuster du plus grand cinéaste américain vivant mais chut je ne peux pas vous divulguer son nom». Des semaines après l'interview et le chat étant sorti du sac, je peux vous dire aujourd'hui qu'il s'agit d'Inception de Chris Nolan), l’interviewer est un véritable plaisir et si cela ne dure que dix petites minutes (d'autres journalistes attendent leur tour), j’avais préparé de quoi obtenir une bonne demie-heure de contenu original.

Attia-et-Universal-Projo-Psychose.JPG

Voir Psycho en salle (à Cannes) et mourir (sous la douche)
Le soir même, j’assiste donc à la projection de Psycho(se) en haute définition, dans le cadre de la sélection Cannes Classics, présentée ici par Thierry Frémaux, délégué artistique du Festival, aux côtés d'Eric Legay, Directeur marketing chez Universal et d'Olivier Attia (photo). 

Depuis l’achat il y a deux mois de mon écran Samsung et la lecture de nouveaux et anciens films en HD, je suis fasciné par les nouvelles possibilités offertes par cette technologie. Si Avatar (ou Cars pour citer un autre exemple bluffant) semble avoir été réalisé par et pour cette technologie, les versions que je possède de 2001 et The Thing en HD DVD (mon défunt chouchou) sont à mes yeux les plus belles copies de ces films disponibles à ce jour. Avec un master initial correct, le HD DVD et maintenant le Blu-Ray (ou la VOD) permettent, avec leur capacité de stockage, de réduire la perte d’informations inhérente aux anciens transferts sur supports VHS et même DVD. De plus les technologies actuelles permettent non seulement de traiter et combler certains dommages sur les masters originels et/ou recomposés, elles peuvent aussi en améliorer la résolution et le piqué ou jouer sur la colorimétrie. On peut virtuellement tout faire ou presque et pour tout cinéphile, il est difficile de crier au massacre tant les résultats obtenus sont régulièrement impressionnants.

Cinema-0009.JPG

Ce soir donc, je suis en salle et il ne s’agit à priori que d’une simple toile et non d’un écran haute définition…  Et pourtant, le travail effectué sur l’image et le son me clouent sur le siège. Je n’ai jamais vu Pyscho(se). Pas comme ça. Image impeccable, à la netteté et aux contrastes à la renverse. Et si le son a bien été retravaillé pour proposer une expérience mutlicanal inédite (une porte qui claque : le son est spatialisé derrière moi et arrive sur l’oreille droite par exemple), c’est surtout le contour parfait des voix que j’ai trouvé extraordinaire. Toute cette technique m’a permis de mieux cerner les forces et faiblesses du film en présence. Alfred Hitchcock l’a dit lui-même. Psycho(se) est bien un film de série B sur lequel il a souhaité expérimenter de nouvelles choses.

Le film est donc rempli de clichés et d’artifices sériels : la blonde mi ange mi démon qui se tire avec le blé, le détective sorti de nulle part façon « coucou c’est moi bah y avait de la lumière alors je suis entré », les allers retours successifs des protagonistes entre les deux lieux « ville » et « hôtel » à la limite de la téléportation (on se croirait presque dans une sitcom en live avec un mur qui sépare les deux décors), l’explication finale du psychanalyste, dont la figure éloquente prend soudainement toute la place du cadre, comme une évidence alors qu’il était totalement inexistant pendant le procès du film, le cœur même du problème, l’Œdipe en lui-même, un peu poussif.

La liste est assez longue. Mais sur ce canevas de bord de route, Hitchcock a révolutionné le cinéma, avec au moins trois scènes mondes, lieux d’expérimentations inouïs et toujours aussi modernes 50 ans après, mettant à participation la musique de Bernard Hermann et le design de Saul Bass

-   janet_leigh7.jpg

L   La séquence d’intro : après le générique lapidaire de Saul Bass, qui souligne déjà le caractère instable, artificiel et abrupt de la trame et de ses personnages  - certains qui disparaissent, d’autres qui apparaissent de manière incongrue, tel le personnage de la mère qui existe bel et bien dans le procès du film... mais en ombre chinoise - Hitchcock montre un couple au lit, à moitié nu. Dans le Gallimard, le réalisateur explique à Truffaut qu’il voulait une Janet Leigh sans soutif. Non seulement cet érotisme direct, dans le contexte de l'époque, tend quelque peu à remuer le shaker, la façon dont la caméra présente le couple et  filme les corps en une sorte de mouvement de passe-passe rotatif léger et rapide, comme un coup d’œil pervers du spectateur qui annoncerait celui, fatal, de Bates, est tout simplement bluffant. Scorsese took a lesson : lui qui a su engager Saul Bass pour les génériques de ses films et récemment repris les codes d'Hitchcock pour son court Key to Reserva, avait par exemple terminé son Taxi Driver sur une idée aussi rapide et sèche, liée au regard. Ce soin apporté à cette intro, qui initialement était conçue comme un plan séquence, est un piège. Elle laisse à penser qu’il s’agit là du cœur de l’intrigue et le couple, des personnages principaux. Au final, l’argent dont il est question n’est qu’une cacahuète scénaristique, la blonde se fait trucider au bout de 30 min et son amant Sam, en dehors de montrer son torse velu aux dames et de sauver la semoule à la dernière seconde, on dira qu’il compte pour du beurre.

Douche good

     La douche : pour les first timers, elle est froide. Après avoir été présentés à une femme aussi féminine que déterminée, qui semble en avoir une belle paire (de ce que vous voudrez), Hitchcock (ici en photo avec Saul Bass) envoie balader son propre chateau de cartes ainsi que toutes les conventions narratives en vigueur. Si ce personnage féminin volontaire, sombre et sexy se veut moderne, Hitchcock décide d'être encore plus moderne... en la trucidant presto. Comme une façon de dire : le monde n'est pas encore prêt pour ce genre de personnage sur un long run. Un personnage principal qui sort de l'écran et du monde, on a vu cela ensuite dans Police Fédérale Los Angeles de Friedkin, ou encore et toujours Scorsese, qui dans son récent remake d'Infernal Affairs, propose le même genre de choc, toujours aussi sec et bien frappé, cette fois aux trois quarts du film. 


Et  Saul Bass with HitchcockEt comme pour annihiler lui même ce droit d'obtenir des premiers rôles forts - "black & white, with a strong female lead", comme le chante Margo des Cowboy Junkies, il n'y va pas de main morte avec un vulgaire hors champs ou une scène expédiée en deux coups de couteaux. Film dans le film story boardé par Saul Bass (ici avec le patron), héros qui un jour d'été changea ma vie avec la diffusion tardive et non renouvelée sur France 2/3 de son magnifique Quest (avec Ray Bradbury au stylo tout de même, difficile de penser que Fumeto Ueda n'a pas vu ce film), la séquence commence dès le regard de Bates au travers du trou dans le mur et s’achève lorsque l’actrice, à deux doigts de briser le quatrième mur, semble interpeller le spectateur de la main, lui communiquant sa souffrance, l'appelant à l'aide, comme au temps du muet (Alex m'a recommandé de regarder Jeanne d'Arc de Dreyer, le visage plein cadre, les cheveux courts, le pathétique, il y a peut être une filiation directe). Le nombre de plans, le montage au blason meurtrier étoffé d'une chair qui ne se voit jamais directement violée, alliée à la violence elliptique voire stroboscopique tant le nombre de plans se succède en cadence... Si aujourd’hui ce type d’idées est devenu monnaie courante, le soin et l’énergie apportés à cette très courte séquence fonctionne toujours autant, comme un instant éternellement beau car éternellement neuf et vigoureux. 

    Le meurtre d’Arbogast. La montée des escaliers. Le changement de plan avec une vue surplombante. L’apparition soudaine et implacable de la « mère » alliée au trouble formel recherché par le réalisateur lors de la chute recherche une fois de plus à déstabiliser les sens du spectateur. 

  En plus de ces scènes de référence on peut dresser une longue liste de plans et d’idées novatrices, avec pour commencer cette galerie de personnages assez creuse voire antipathique, au point que la vulnérabilité initiale de Bates en ferait presque le personnage le plus touchant, avant de se transformer petit à petit en monstre, alternant l’attitude d'une poule mouillée (face à Arbogast et Sam par exemple) et celle du mal absolu, à l'assurance folle, au point de devenir une ombre, une figure, une idée du mal, telle qu'on la retrouvera par exemple dans Halloween de Carpenter. Anthony Perkins est grand. Sa timidité de grand échalas, mise en parallèle avec son regard le plus noir plus tard dans le film : brilliant. La suite de sa carrière paraît à la fois logique et mystérieuse.

-   psycho1.jpgMais aussi, pêle mêle : de l’expresionnisme gothique (le plan génial de l’ombre émaciée de Bates en marge de la maison, m’étonnerait pas que cela soit une idée de Saul Bass), du décadrage (le plan final sur le visage de Bates seul dans la pièce), des mouvements et cadres de caméras novateurs (l’introduction citée plus haut, les plans surplombant l’escalier), un personnage présenté comme central finalement supprimé au bout de 30 min, d'autres qui sortent de nulle part et qui prennent de manière incongrue toute la place, comme Arbogast ou le psy,  la superimposition du squelette de la mère sur le visage de Bates, un générique de fin en forme de blague vaseuse avec la voiture de Leigh que l’on ressort comme résolution du monde, l’utilisation d’un orchestre pour le score, l’extravagance marketing d’Hitchcock qui sur les affiches promotionnelles interdisait à l’époque toute personne d’arriver en retard pour la séance, le thème du travestissement...

De par son invention formelle plaquée sur une intrigue de seconde zone, Psychose a brouillé les pistes entre cinéma respectable et les films de minuit pour devenir le père du slasher moderne, cité dans plusieurs classiques ultérieurs aussi certifiés que Massacre à la tronçonneuse ou encore Halloween pour ne citer qu’eux (la liste est trop longue).

Cette journée de travail et de rencontres me conforte dans mon travail et mes centres d'intérêt audiovisuels et dans ce cas précis ma curiosité et ma soif de partage autour de la technologie HD, qui représente un gain réel et massif vis-à-vis du DVD. J'ai hâte de posséder Psychose en Blue Ray, sa sortie étant programmée pour août. L'idée d'établir une collection "définitive" de tels classiques afin de pouvoir les consulter, les apprécier en famille et les passer à mon neveu quand il sera plus grand m'excite au plus haut point.  

J'en profite pour souhaiter un bon anniversaire à Jean Philippe. Avant de quitter Londres, je scrutais souvent une simple serviette rigolote dans sa salle de bains, sur laquelle on peut lire "Bates Motel, Universal Studios". Et un coucou à Emilie, qui pour mes 30 ans m'a souhaité de réaliser mes rêves. Je viens d'en réaliser un, en espérant que je puisse trouver très bientôt un travail lié à mes recherches et compétences. Et mes parents qui toujours me soutiennent. Et qui m'ont appelé ce soir de Los Angeles pour me dire "Nous sommes à Hollywood. Devant les studios Universal. Alors on a pensé à toi". 

MISE A JOUR NOVEMBRE 2010

Le Bluray du film est sorti en France, comprenant des bonus consacrés au travail d'Audionamix sur le son et dont voici un extrait. 

Sylvain Thuret 
20 mai - 2 juin 2010 

 

LIENS

Interview sur Vimeo :
http://vimeo.com/12552484    

Site officiel d'Audionamix : 
http://www.audionamix.com/

DDA Event Management :
http://www.ddapr.com/event-management.php  

Cannes Classics 2010 :
http://www.festival-cannes.com/fr/festival/CannesClassics.html 

Alfred Hitchcock sur Senses of Cinema : 
http://archive.sensesofcinema.com/contents/directors/05/hitchcock.html 
 

Saul Bass's Quest :
(le prix du DVD étant trop élevé...) : 

http://www.dailymotion.com/video/x50xaz_quest-01_shortfilms

http://www.dailymotion.com/video/x50xku_quest-02_shortfilms 

Martin Scorsese's Key to Reserva :
http://www.dailymotion.com/video/x3ln2q_freixenet-the-key-to-reserva 

Mon partenaire Michael Jarry pour cette vidéo : 
http://www.dailymotion.com/MikeJ 

 


 

Publié dans Cinéma

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Sylvain Thuret 03/06/2010 16:58


Merci Maia pour ton soutien ! Je prends pas toujours le temps de te répondre mais je tiens à le faire. Des fois j'aimerais être une femme... pour avoir un globe en plus pour le multitask. Bisous,
Syl


labeille 03/06/2010 09:09


AAAAAAAh ! super ! bravo Syl !