Alexis Blanchet & the Monkey Business

Publié le par Sylvain Thuret

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Après cinq ans d’un travail méticuleux, la thèse d’Alexis Blanchet vient d’être publiée aux éditions PixNLove. Et c’est à l’occasion de son lancement, le 3 avril 2010 à la librairie Eyrolles, que l’auteur a eu le plaisir de recevoir ses premiers lecteurs autour d’une conférence suivie d’une signature. Sans aucune carte de presse ni baluchon estampillé Just Cause, j’ai répondu à l’invitation d’Alexis et fait le déplacement Paris-Aix  pour vous faire un petit compte rendu. 

 

Ce jour là, il pleuvait. Pas très fort mais quand même un petit peu. Je quittais mes amis au café du coin pour répondre à l’appel du devoir. En vrai journaliste d’investigation je me dois de relater ce genre de faits. Et malgré le petit ballet des baleines parisiennes, il y avait une cinquantaine de personnes venues cet après midi là, Boulevard Saint Germain, pour le lancement d’Ariane V. Dont une poignée de journalistes certifiés, instantanément reconnaissables à leur capacité de se regrouper en un temps record et surtout, surtout, quelques précieuses jeunes âmes à la quinzaine volontaire et curieuse : blogueurs d’aujourd’hui, designers de demain ? Dans une ambiance conviviale et bon enfant, l’auteur, qui devait composer avec  les gazouillis de sa fillette, a choisi de présenter son travail sous un angle original inédit des pages de son livre : les gants blancs de Mickey, Mario et Rayman ont ainsi servi de fil rouge ludique.  


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Par ce biais, il a croisé pour nous, avec une belle ouverture d’esprit (les plus formels diraient plutôt "dans une approche transmedia", yeah baby) un nombre assez incroyable de sources (la recherche, envoyez des sioux), afin d'éclairer notre lanterne sur : 

- L’arrivée de Nintendo dans l’échiquier vidéoludique américain à la fin des années 70 et leur prise de pouvoir au début des années 80, damant ainsi le pion à la toute puissance US symbolisée par Atari.     Et cette invasion a commencé par une cata due aux aléas de l’export : avec une tonne de hardware à recycler sur les bras, les jeunes bleubites Gunpei Yokoi (pas les yaourts, les Gameboy) et Shigeru Myamoto se sont vus confier la mission de transformer le fiasco Radarscope en un tout nouveau hit certifié. Il n’y a pas de petite monnaie, de singe, chez Nintendo ;     

- Un argumentaire bien fourni sur la façon dont Nintendo a joué et bénéficié des horizons et succès cinématographiques pour le lancement de son hit Donkey Kong. Les droits de Popeye ayant servi à beurrer d’autres épinards - un film Disney chapeauté par Robert « Brewster Mash Cloud » Altman, no kiddin -, Nintendo s’est rattrapé en surfant sur la Kong Mania, en plein milieu de la décennie 76-86, bornée par des remakes successifs de l’œuvre originelle de 33, signées par le cinéaste es catastrophe John « Tour Infernale » Guillermin.

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Au-delà de cette aubaine, Alexis Blanchet va plus loin en mettant sous nos yeux ébahis des extraits vidéos dressant de joyeux et troublants parallèles, entre les icones  Donkey Kong/ Mario et les grandes heures du cinéma populaire, burlesque et expressionniste, représentés par Buster Keaton et un film antérieur au Kong de 33, The Murders of the Rue Morgue

Sans aller jusqu’à proclamer ouvertement, oyé oyé, que Nintendo a volontairement « copié » ces œuvres - quoi que l’extrait de la Rue Morgue laisse planer un sérieux doute tellement le procès est similaire à Donkey Kong Alexis souligne à quel point ces univers ont bénéficié, par le jeu de la transmission, de génération en génération, de l’inconscient culturel, au succès de ces premières œuvres. Ce qui fait quelque peu réagir Sébastien Mirc qui auprès de l’assistance et pendant la signature nous explique comment la marque, dont les employés sont les premiers clients du travail titanesque de PixNLove, bloque de manière honteuse l’utilisation visuelle de leurs icônes en leur demandant 50 000 dollars « juste pour discuter ». De même que dans les années 80, la firme demandait, parait-il, aux éditeurs tiers de mettre 1 million de dollars sur la table pour avoir le seul droit de publier sur la Nes.

- L’origine des gants de Mario. L’une des raisons expliquant l’apparition d’une paire de gants, en 1991 sur les jaquettes représentant le petit plombier, serait la filiation volontaire avec l'icône mondiale de Disney, Mickey Mouse. A l'origine, les gants blancs de Mickey étaient là pour faire ressortir le corps noir de la petite souris, (une leçon retenue par Bambi, enfin Michael, enfin vous voyez quoi). Problème, ce procédé des gants blancs sur un corps noir est tributaire de la tradition archétypale et raciste du Blackface, ces blancs grimés en noir pour le spectacle.   

Une fois la conférence terminée, Sébastien Mirc a fait participer le public avec un quizz létal auquel seul un véritable tueur de pixels de la 50e génération était capable de répondre (2 bonnes réponses pour votre serviteur, quand même), et ce dans le but semi avoué d’écouler les fonds de tiroir de la maison d’édition, à savoir une encyclopédie des jeux DS, conçue, nous dit-il, pour surfer sur la vague grand public et casual de Big N... et qui s'est avérée être leur seul et unique four (le reste est mirifique et je prie chaque jour de pouvoir travailler avec des gens aussi bons).  

Pour conclure, ce livre, que je suis en train de lire de ma troisième main au moment même où je vous écris, regorge d'un niveau d’information interstellaire et représente une somme à peu près inédite dans la langue de Molière. On  parle quand même d'un travail analytique de cinq ans mené par un passionné d'audiovisuel, qui a du se battre pour imposer un sujet alors peu pris au sérieux. 


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Bien que penchant légèrement vers le langage universitaire, l’œuvre demeure très claire, accessible et passionnante. Oui je sais je viens de cumuler trois adjectifs, ainsi qu'un amas de phrases imbitables. Alors bien sûr vous pouvez vous passer d'une telle lecture et continuer béatement à consommer du pixel. Mais si vous faites partie de mes très rares lecteurs, j'en doute.  

Car ce livre marque une petite révolution dans l’univers de plus en plus intéressant et mature du JJVF (Journalisme Jeu vidéo Français, c'est nouveau ça vient de sortir). Si Alexis Blanchet n’est pas journaliste  - c'est drôle à quel point celui ci rappelle à tous les coups qu'il n'est au fonds pas là pour donner un jugement mais une analyse, comme si le chercheur ne pouvait donner un avis personnel et un journaliste mou dépasser le bien/pas bien - son travail, soutenu par le soin éditorial tangible des éditions PixNLove, établit, avec la collection qu'il complète, un corpus étalon. Pour permettre à ceux qui le souhaitent, dix ans après Polygonweb, de passer enfin au niveau 2.


A LIRE, A VOIR, A MANGER 

Des Pixels à Hollywood, Alexis Blanchet, 2010, Editions PixNLove. 

Blackface, Nick Tosches, Editions Allia.

The King of Kong, Seth Gordon, 2007.

Publié dans Gaming

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Alexis 05/04/2010 10:29


Merci pour ce compte-rendu visuel rapidement mis en ligne.
Attention, je crois que ton support collector chèrement gagné pendant le quizz est resté à la librairie Eyrolles !