Ain't no grave : en défiant les ombres

Publié le par Sylvain Thuret

Am 6 article avec mail alex pour base.
Demain sort American VI, énième chapitre final de la collaboration Rubin. Après un Hundred Highways incroyable malgré des arrangements arrangés sans le maestro, aux derniers souffles bien creusés, était-il necessaire de pousser l'aventure aussi loin ? Pour être Cash : oui.  

Aint no grave. Aint no grave. A Cash overture, magnificent, powerful, towering and darker than the night itself. Aint no grave : marche funèbre et lancinante, blues qui lève une fois de plus le long voile noir. Crucifié par la vieillesse et le rejet dans Hurt, Rubin t'as déterré de nombreuses fois jusqu'à te coffret de noir et te voilà qui nous scande, ton refus de disparaître. Le Sixteen, les Calexico, Paula Frazer, Steve Earle et tant d'autres, tous marchent dans tes pas. On va en faire des images de toi, dans les films et les séries. On va emprunter de la noirceur, magnifiée, au son de ta voix, qui ne veut pas, qui ne peut pas disparaître. 

En 2006 : 

Nouveau dernier chapitre d'une histoire qui n'en finit pas de nous faire pleurer, American V signe le feu des au revoir, en attendant American VI, si Rick Rubin en a encore le courage. Après les premiers signes mortifères relevant encore de la geste folk sur les premiers tomes, on a vu la série American Recordings glisser vers l'introspection stoïque et clairvoyante face à la fin d'un siècle, la fin de 70 ans de musique traditionnelle américaine, la fin d'une vie en chansons, le tout blanc sur noir dans le texte. 

Depuis cela fait quatre ans que j'attends, avec crainte, la sortie sans cesse repoussée de ce disque. Qu'ils sont bien longs à éteindre ces feux
John. Ils sont peut-être bien éternels. Aint no grave, Aint no grave, Aint no grave. J'en suis resté assis, incapable d'exprimer autre chose que de la stupeur, de l'effroi et de la joie aussi. Le reste, bien que disparate, n'est pas en reste. Pour être franc, à l'heure où j'écris ces lignes, ce sont surtout les trois premiers morceaux qui impressionnent, la révolte du mourant et sa suite, Redemption day puis For the good times. J'ai essuyé quelques rêves douloureux sur If you could read my mind love. For the good times en est la compagne, tentative de raviver une dernière fois un amour déchu. Chanter ça alors qu'il venait de la perdre elle...
 
Il n'y a pas vraiment de mots pour décrire ce qui se passe, et avec ce dernier disque, et avec l'ensemble que forme American Recordings. Un artiste majeur de la culture nord américaine est mort en chansons, en écrivant sa propre bible, objets témoins d'un passage, d'un brassage et d'une resurrection par le disque et pour toujours. Sa gloire a rescussité pour des décennies, des films et des conversations avalanches à venir. Il y a une mise en scène, une utilisation de son nom comme une marque, une façon de "jouer la mort". But whos really playing dead? A chaque album, tous les 4 ans, pendant 16 ans, il a repoussé les limites de la créativité, de l'ouverture musicale, de la vieilleisse, de son chagrin, de sa propre mort. Ils en ont peut être fait une image, une icône. Mais quelle belle image. Rubin & Cash pouvaient se le permettre. Ils sont Rubin & Cash. Ecoutez ces trois morceaux. A eux seuls ils méritent l'achat de l'album. A eux seuls ils sanctionnent 16 ans de miracles cumulés, occupant une place unique dans l'industrie du disque. Aux seuls premières mesures d'Aint no grave, vous verrez défiler les prochains délires dark fantasy des jeunes cinéastes hollywoodiens. Et vous saurez encore, tremblant devant autant de vérité, qui règne sur la musique américaine, en ayant défié toutes les ombres. 
   



 

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