District 9, Star Trek, Tron Legacy : Hollywood sauce gaming?

Publié le par Sylvain Thuret

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sentent bon les effets spéciaux. Abrams, Blomkamp, Reeves, Kosinski…. Votre chère maman ne les connait pas encore et pourtant ces réalisateurs 2.0 sont en train de secouer l’usine à rêves

  


















Ces films dont vous êtes le héros
Qu’on se le dise, l’industrie du cinéma grand spectacle a compris que le jeu vidéo marchait pour de bon sur ses plates bandes. Remember le cas d’école Spiderman 3 Vs GTA IV : la sortie simultanée du jeu de Rockstar aurait fait de l’ombre au tisseur. Aux Etats-Unis, un récent sondage montre que la génération des 15-35 joue. Et quand on écoute nos chers game designers, David Cage ou Christophe Balestra pour ne citer qu’eux, que disent-ils ? Place au spectacle, au rythme, à l’émotion, à des personnages qu’on n’oublie pas. En somme, le jeu serait aux portes de devenir Hollywood à la place d’Hollywood. Et la sortie récente d’Uncharted 2 devrait mettre pour de bon le feu au poudre. On le sait, les deux univers se toisent, se courtisent et se rapprochent depuis près de 20 ans. Et jusque très récemment, le constat était alarmant : qui voulait subir Die Hard 4 en salles lorsqu’un Gears of War investissait notre salon ? Et puis on a vu, petit à petit, émerger une toute nouvelle génération de cinéastes, parfaitement au fait de l’environnement gaming, HD, CNN et tours déchues. Agés d’à peine 40 ans, ils se nomment Snyder, Blomkamp et Kosinski. Et ils font du bruit. Beaucoup de bruit.  

 

Abrams

Après la percée Wachowski en 99, dont le Matrix était un film ouvertement progaming, la figure tutélaire de cette nouvelle génération de wonderboys, à mi chemin entre la frime d’un Bay et le talent plus réel d’un Tarantino ou Shyamalan, pourrait bien être le quadra JJ Abrams. D’abord scénariste (Armageddon, A Propos d’Henry), Abrams s’est fait progressivement connaitre du grand public par le biais de la télévision. Si Felicity, son premier show mélodramatique, a été un succès d’estime, les 15 millions de spectateurs américains présents devant leur poste à chaque épisode de Lost ont forcément joué un rôle dans son coming out cinématographique. Avec 185 M de dollars de budget, la « commande » MI3 a fait de lui le first time director le plus cher de l’histoire du cinéma. Super pêchu et juicy, le film a revitalisé une franchise sur le déclin. Gagnant la confiance des studios, il s’est ensuite investi dans un projet plus personnel avec Cloverfield, cousin américain de The Host, croisant le reportage des frères Naudet avec le Godzilla originel. Au grand étonnement de tout plein de gens, il a confié la réalisation à un collaborateur et ami inconnu au bataillon, Matt Reeves. Sans être un maousse carton, le film s’est révélé être un ride impressionnant ayant à nouveau emballé les critiques et le public. Au point qu’Abrams se voit confier la tâche de toutes les taches : revitaliser la ligue des pyjamas interstellaires, j’ai nommé Star Trek.

 

Star Trek, fer de lance ciné de l’horizon gaming

Si Cloverfield pouvait faire penser à un jeu vidéo dans son procès filmique –un jeune homme prénommé Hud* filme la catastrophe à la première personne – Star Trek enfonce le clou : afin d’être totalement raccord avec la génération des 15-25, le film balance une ouverture opératique, feu d’artifice de faisceaux laser, du lens flare bien glossy en veux tu en voilà, du plan à l’épaule façon j’y suis pour de bon, une attitude fratboy « on fonce et on réfléchit après » pour les alpha males shootés à la 360, un vaisseau ennemi au look quasi identique à ceux de Wing Commander Prohecy (qui s’inspirait, juste mesure, de Star Trek), une impressionnante séquence de saut déjà vue dans le MDK de Shiny, un Tchekov qui s’affaire sur son beam comme un joueur d’Asteroids etc. Star Trek SAIT que son public est un public de joueur. Aussi n’hésite t’il pas à envoyer la sauce comme un blockbuster vidéoludique ose aujourd’hui le faire, par surenchère mais aussi par mimétisme et héritage de la culture cinématographique. Et c’est dans ce sillage qu’apparait une nouvelle fresh face, encore plus juvénile.

 

Peter Jackson ou le projet qui tombe Halo

Après s’être tourné vers Michel Ancel - avec un exemplaire de Beyond Good and Evil sous le bras -, pour lui confier l’adaptation de son nouveau King Kong, on sait que Jackson avait mis en chantier l’adaptation ciné de la juteuse licence Halo. Surprise : il comptait laisser les commandes au tout jeune Neil Blomkamp. Effrayé par cette prise de risque, les majors ont déclaré forfait malgré la production de courts métrages ayant fait forte impression sur le web. Loin de baisser les bras, Jackson lui confie 30 M de dollars. Le résultat ? District 9, succès surprise de l’été aux US. Les majors n’en reviennent pas. Il faut dire que là, on passe à la vitesse supérieure d’un cinéma pixel perfect : le look and feel général est issu du travail de préprod effectué sur Halo, une séquence d’infiltration musclée rappelle furieusement l’équipée d’Another World, les échanges de coup de feu dans le ghetto font penser à Counter strike, quand ce n’est pas un mecha qui balance méchamment la purée façon Lost Planet. Gonflé à la culture jeu vidéo, le film n’oublie pas son héritage post 9/11 avec une présentation façon docu, prolongement hypermédia du point de vue subjectif utilisé dans Cloverfield.

 
Un successeur au Tron 

Mais le plus fort reste à venir. En 1982, Disney confie son film Tron, projet ultra novateur et ultra gaming, à un jeune inconnu, Steven Lisberger. Avec une sortie prévue pour 2011, Disney récidive et place la suite tant attendue… entre les mains d’un inconnu. Après un premier trailer « images volées » filmé au dernier Comic Con, le nom de Joseph Kosinski commence à tourner sur le web : Qui est-il ? D’où vient-il ? Que veut il ? La réponse Alfonse : âgé de 30 ans, il ne vient ni du cinéma, ni de la télé, mais bien du jeu vidéo. La publicité pour le premier Gears of wa au son de la reprise mélancolique de Mad world par Gary Jules, c’est lui !

 

Alors, un nouvel hollywood bis ?

Des nouvelles têtes aux commandes, un talent protéiforme, la disparition systématique des stars 90 au générique, des films pixel aware… Un vent nouveau semble souffler sur Hollywood. S’agit-il d’une tendance de fonds, similaire à celle comme celle des années 70 ? Attention mes frères : Star Trek c’est génial, ça préfigure une nouvelle ère de couleurs et de mouvements (Tron 2). Mais c’est aussi l’apogée d’une nouvelle main mise de la consommation pop. Pour ma part je tiens autant à reconnaitre le succès esthétique de Star Trek que celui du très beau drame Two lovers (James Gray). Et si ce cinéma commercial résiste à Uncharted 2, en offrant à Hollywood une poche de résistance voire un espace de collaboration avec l'industrie du jeu vidéo, il échouera à un cinéma plus radical et peut être plus solitaire de produire des films tout simplement « humains », qui regarderont la terre avant de regarder les étoiles. Les deux sont nécessaires, c’était le constat final du Galactica de Ron Moore. Les prochaines années risquent d’être intéressantes. Wait & seat. 


 

*Le HUD, dans un jeu vidéo, désigne les éléments graphiques externes (ou internes) à la réalité du jeu par lesquelles sont véhiculées les informations telles que la position géographique, le niveau de vie, etc.
 

Publié dans Cinéma

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