Et maintenant, un grand moment de cinéma

Publié le par Sylvain Thuret



Après The last of the Mohicans et The Searchers, ce nouveau numéro de notre rubrique "Un grand moment de cinéma" ravive une petite perle du cinéma US des 90's, Copland. Sous le polar, un rock n roll movie. 

Avant même d'avoir adapté la vie de saint Johnny Cash à l'écran avec son chouette Walk the line, James Mangold nous parlait déjà de musique américaine dans son précédent Copland, pour qui sait tendre l'oreille. 

Sous sa couleur de polar, ce film rassemble suffisement d'éléments issus du monde Springsteenien pour en faire une oeuvre -inconsciemment ?- rattachée à l'univers du Boss, lui même largement influencé par le silver screen US.
 
Avec un casting "Scorsese All Stars", Copland, c'est l'histoire d'une ville en marge de la Grosse Pomme, qui abriterait les cahutes de ces messieurs les gendarmes. C'est l'histoire du shérif de ce comté, triste sire aux rêves enfouis et perdus à jamais, gros toutou qui n'est bon que pour adresser les contraventions perpétrées par ses chers collègues, et encore. C'est l'histoire d'un éveil tardif, un secret bien gardé, de ce flic intégrant enfin la corruption ambiante et le rôle batard qui lui a été attribué. 
 
Local hero 
Dans une scène d'ouverture résonnant fortement avec l'univers de l'ami Bruce, notre shérif joue à un flipper dont la poignée est en forme de pistolet, tandis que ses soit disant collègues et amis tergiversent à l'écart leur mauvais coup, s'adressant à lui comme on jetterait un os à un chien plaintif lors d'un repas. 

Flic par procuration, la tambouille est sous son nez. Le décor est planté. Le cadre en est le New Jersey. Bruce en est originaire et chante cette marge banlieusarde dans ses plus grandes chansons. Et le héros est un pauvre gars dépassé par les événements, lassé jusqu'au trognon, à qui l'on a quasiment volé une vie maritale heureuse et qui cherche à bien faire, à briller, à passer à la vitesse supérieure. C'est l'américain moyen et honnête en bute à son environnement et à son désir de réussite, qui est le principal personnage aux milles visages des chansons de Bruce. 

Et au milieu coule une chanson 
Et voici le moment clef du film, parenthèse mélodramatique ultra love love et confondante de sincérité et de véracité, raison pour laquelle je me suis mis à rechercher des disques vynils. C'est cette scène qui m'a fait réfléchir sur ce petit frère de First Blood avec Sly (dont le début évoque parfaitement les lyrics de Born in the USA) et d'Indian Runner, ouvertement adapté d'Highway Patrolman


C'est beau, c'est simple, c'est magique, musique pop et image font sens. CA TOURNE. Pour le contexte: plus jeune, il l'a sauvé d'une mort certaine lors d'un acte de bravoure inoui. En y perdant une partie de son ouie, il n'a pu rejoindre la police de New York, son rêve perdu. C'est peut-être aussi ce qui lui a valu sa "promotion" de shérif local, dans lequel il s'est encrouté avec les applaudissements du jury. Et comme elle était trop jeune pour lui et peut être aussi à cause de sa timidité, il l'a laissée sortir avec un fellow cop, nazebrok de son état. 

Voici le transcript de ce texte sublime, suivi de ce qui est suggéré entre parenthèses. La chanson est Stallone Stolen Car de Springsteen, album The River, circa 80. 

- Tu sais qu'on trouve ces disques en CD maintenant, en stéréo. (Tu pourrais sortir avec une jeunette). 
- Ca ne changerait rien à mes yeux. (Tu es la seule.)
- D'accord (Roger roger. Roger).  

                                  Silence

- Tu sais c'est étrange de devoir sa vie à quelqu'un (Ca a toujours été toi depuis ce jour.) 

                                 Deeper silence

- Comment se fait il que tu ne te sois jamais marié Freddy ? (Pourquoi n'as tu jamais fait un pas ?) 
- Parce que les femmes qui me plaisaient étaient prises (Tu t'es mariée avec ce tocard.)

La voix de Springsteen prend le relais, comme un grand cru dont l'essence pronfonde exhalerait d'une large coupe : 

"La nuit je roule dans des voitures volées, si quelqu'un pouvait me surprendre, mettre fin à ce petit jeu, mais ça n'arrive jamais" (le vol de leur vie, la culpabilité de l'adultère, les rêves empêchés, lui qui la désire en silence depuis tant d'annés, les compromissions avec soi etc). 

Moralité : au look de la platine, je pense qu'il s'agit d'une Thorens. Veuillez m'écrire si vous pensez qu'il s'agit d'une autre marque. 

Dans notre prochain numéro, le final de Mystic River


 
 

Publié dans Cinéma

Commenter cet article