Once : upstream mainstream

Publié le par Sylvain Thuret

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Au rayon du film grand public avançant à peine masqué sous des oripeaux arty & lowcost, Once se pose là.

Lancé à l'aide du désormais récurrent coup-de-pouce-du-réalisateur-en-or -et c'est Spielberg qui sert de caution tremplin ici- Once m'avait tout l'air d'une bonne grosse gauffre bien dégoulinante. 

Et c'est effectivement le cas. Histoire d'amour cucul la praline au possible, sur le mode du "retenons nous parce qu' on a des problèmes et parce que comme ça c'est plus fort" (de Bérénice à Lost in translation en passant par In the mood), Once ne pardonne rien. 

X rencontre Y, ils sont anonymes au sein de la grande ville froide. Il est chanteur fauché, se produisant sur le pavé quand il ne répare pas les aspirateurs. Elle est tchèque et vend des fleurs dans la rue, quand elle ne fait pas le ménach. Ensemble, ils font de la musique et de la bonne mon bon monsieur, parce qu'ils ont du talent en fait. On ne saura jamais si leur folk gentillet connaitra le succès, comme on ne saura jamais si ils vont se revoir et faire l'amour l'amour. C'est un peu la belle et le clochard en somme. Il ne manque plus que la scène des spaghettis.

So what
Le fait est que depuis quatre jours, ces deux personnages ne quittent plus mes pensées. Quidams de passage au bas de notre fenêtre sur le monde que l'on appelle cinéma, ils viennent et quand ils repartent au bout d'une heure trente, c'est le drame. J'en veux encore. Plus crédible que sa partenaire, les regards et attitudes du garçon, sa voix et sa véracité, son absence totale de pose sidère. Nous ne sommes pas ici dans la performance, mais dans l'ultime performance : ces deux là jouent sans jouer. La rencontre a beau être convenue et un tant soit peu nunuche, on a l'impression de regarder strip tease sur France 3. Tout cela a donc une fraicheur certaine et j'en viens même à me passer leurs chansons originales dans la tête, sorte de sous David Gray plaintif, geignard et millieu de gamme.

Il y a 10 ans, le faux film indé que l'on arrivait à vendre aux oscars, c'était Shakespeare in love et ce n'était pas beau à voir. On mesure le chemin parcouru. Aujourd'hui on confie Spiderman à Sam Raimi, Paul Greengrass est aux commandes des films Bourne, Battlestar Galactica pompe Lars Von Trier avec panache et Once remporte 6 M de dollars aux States. Soit une culture du middle of the road donnant des films pas du tout honteux à défaut d'être de grands chefs d'oeuvres, ce qu'avait parfaitement radiographié Peter Biskind à la fin de son essai Down & dirty pictures.





Film irlandais au budget ridicule, Once a pu faire son petit crowd pleaser grace à sa gentille soupe. Mais il propose également une vision capitale de la création artistique. Ces deux personnes vivent et ne respirent que pour l'écriture et le chant. Lorsqu'elle lui joue du Mendelson dans un magasin de musique, il a un regard complètement aspiré par tout ce qu'il voit, entend et découvre. La minute suivante, ils jouent à deux une de ses propres chansons et c'est comme si elle naissait sous nos yeux. La musique est un dialogue instantané et vital pour eux, un lieu d'expression et de ralliement, à mille lieux de la réification commerciale de la société de consommation actuelle.  
 
Car l'autre sponsor 3 étoiles de de Once n'est autre que Dylan. Ce film doit lui rappeler sa jeunesse à Greenwich village dans les 60's, quand il a débarqué de nulle part et qu'il a vécu la bohème et des rencontres déterminantes, juste avant la gloire, alors qu'il n'était personne. 

Même si la musique ici n'est pas d'une profondeur éclatante, on la voit prendre son souffle, décoller en direct et poser les liens entre les deux personnages. Et au dessus du lit du songwriter, un fétiche suspendu : la couv du Live songs de Cohen. On ne voit pas ça tous les jours.

 

Publié dans Cinéma

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