Notes sur le plan final de Control

Publié le par Sylvain Thuret

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"Enfants de la bombe
Des catastrophes
De la menace qui gronde
Enfants du cynisme
Armés jusqu'aux dents"
Daniel Lavoie - Ils s'aiment

Atmosphere

A mesure que la bile noire s'extrait de cette cheminée pour noircir le paradis, difficile de ne pas voir en cette image une syncrèse de la vie et de la mort de cet être, héritier d'un monde haineux historique -la Seconde guerre mondiale- et proche -le quotidien sombre et sans avenir d'une Angleterre fuligineuse-. Difficile de ne pas penser aux camps.

Corbijn nous confirme ainsi sa vision d'un personnage trop plein de bile, une bile emmagasinée et qui ne pouvait que brûler sans retour. Une bile qui devait refléter et combattre la bien pensance, le fil quotidien des jours mornes. Une bile héritière de la noirceur de la guerre et des ravages de la politique industrielle. Une bile trop consciente pour s'acclimater à quoi que ce soit.

Là où Joy Division dépassait en quelque sorte l'énergie punk d'un groupe emblématique comme les Sex Pistols, c'était dans sa façon d'être le chaos et non pas seulement le rejet du chaos. Le seul nom du groupe en est un indice. Au delà même du sentiment d'ironie instantané qui se déploie au moment d'appuyer sur play, il s'agit là de deux mots antagonistes, Joie et Division. On peut comprendre Division dans le sens d'escadron, sans vous faire un dessin, et/ou dans son acception de section, de parcelisation, exprimant un sentiment de rejet, de marginalité, de ne pas être en phase. Ian Curtis a les pieds en plein dans ce monde qui l'abime et qu'il rend en chansons.  Un ami me faisait part récemment d'un sujet de philo sur lequel il devait plancher : La connaissance est elle l'ennemie du bonheur ? J'ai toujours cru au pouvoir de l'image, à sa capacité à faire sens sans dire aucun mot, à valoir un nombre de phrases incalculable. Ian Curtis nous est montré comme une sorte d'éponge aspirant les mauvaises vibrations et ce plan final est joué comme la libération de ce trop plein, effluve noire, énergie necessaire au royaume des bienheureux. Cette image de cendre à la pollution salvatrice (le poète souffrant le monde, sans poésie pas de monde vivable, le serpent se mord la queue) pourrait être l'image de cette question à défaut d'en être la réponse.

Ce dernier plan onirique et terrifiant de par les images qu'il invoque, donne enfin le point de vue, par ailleurs trop absent, de Corbijn. Cette conclusion est le plus beau moment d'un film dont j'attendais beaucoup et qui me déçoit un peu finalement. Je reviendrais plus longuement dessus une fois que j'aurais terminé mes recherches sur le sujet.

 

Control, Anton Corbijn, 2007.


Publié dans Cinéma

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