Swinging on a star

Publié le par Sylvain Thuret

 

super-mario-galaxy-big.jpgCa y est Super Mario Galaxy est là, dans les étals et il semble combler le monde entier. Les petits pains ne se sont jamais aussi bien vendus. Malheureusement, pris entre Control de Corbijn, le nouveau livre de Thoret après lequel je cours depuis un mois et les abysses existentiels insondables d'un chomage qui commence à s'éterniser, je n'ai pu prendre le temps de m'atteler "sérieusement" à cette nouvelle moustache. Je salue au passage ces merveilleuses piles accu qui se sont révélées vides out of the box. J'ai une prédilection pour la scoumoune moi en ce moment m'enfin bon c'est une autre histoire.

Du marketing total
Depuis la sortie de la Wii, on a vu fleurir une campagne télé sans précédent de la part de Nintendo, avec à chaque fois le souci d'atteindre un public toujours plus large. Après les grabataires jouant au jeu au golf, la belle petite pépètte scotchée à la DS "allez j'y retourne", sa grande soeur corrompue aux aventures de Samus Aran, Nintendo continue à étendre ou refléter (on ne sait pas trop) les changements démographiques qui constituent son horizon cible.

Si pendant un an on a pu gentiment rigoler sous cape de cette approche grand public réussie sur le plan commercial mais quelque peu faiblarde côté "vrais jeux", se faisant désirer après une tripotée de trucs funs et simplistes dédiés à séduire mamie, maman et soeurette, là on ne rigole plus du tout. Parce que Mario Galaxy enterre la concurrence pourtant bien présente en ce Noel au rayon du plaisir vidéoludique. 

Et parce que  dans leur dernière pub destinée à nous vendre du bonheur intergalactique à moustache, Nintendo met en scène l'impensable. Un couple, jeune, beau et sympa, qui s'éclate à deux sur le Mario nouvelle cuvée, un jeu à priori solo. Il est blanc elle est métisse. Et ils s'éclatent, à deux. Devant l'écran. Et c'est sympa. Ca donne envie d'être amoureux et pourquoi pas d'élever ses gosses à coup de Mario Party en famille. On éteindrait la télé, bye bye Drucker, Sevran, l'information au rabais, la fiction au ton bien niais, Star Réac, Flopstars, Derrick la main froide et on se détendrait devant un monde harmonique de sons, de couleurs, de jeu et d'amour. On redevrait notre allégeance à Big N et ça en serait fini de la télévision.

Flashback
Il y a quelques années, je me disais que Zelda parlait plus aux trentenaires qu'à la nouvelle génération, ces sales ingrats abonnée aux jeux EA. Cependant pour Mario, le problème semblait moindre. Et force est de constater qu'aujourd'hui il est plus trans que jamais. Trans générationnel j'ai dit. Je sais que nous parlons d'un plombier, dont on se demande bien quelle plomberie il répare depuis 30 ans, mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.

En 2004 je faisais découvrir à mon amie d'alors les joies du jeu vidéo, par l'intermédiaire d'une PS2 que l'on s'était fait prêter. Ico et Ratchet et Clank trouvaient grace à ses yeux. J'adorais jouer avec elle, la regarder évoluer, s'énerver, et voir avec elle comment passer les obstacles. Le jeu vidéo était un support supplémentaire de notre lien et c'est à partir de là que j'ai développé l'idée que le jeu vidéo solo était en train de devenir un spectacle tel que la personne assise à coté de vous pouvait simplement observer et prendre du bon temps. Que le plaisir d'accompagner et de regarder un ami jouer était aussi plaisant que de jouer soi même, que l'on pouvait éventuellement s'échanger les manettes de niveau en niveau ou si la difficulté était trop grande. Bientôt peut-être il y aurait des séances pour assister à une partie solo d'un Resident Evil 4 ou d'un Gears of war

Quand j'ai du rendre la PS2, mon instinct s'est mis à me souffler qu'il était temps de prendre une console et de partager, parce que le monde PC, après un règne technologique d'une petite dizaine d'années, était en train de s'essouffler tandis que les consoles proposaient des choses incroyables à tous les niveaux. J'ai donc acheté une Gamecube, qui venait de passer à 99 euros. Mon idée ? Me détendre le soir en rentrant du boulot en branchant Zelda (Windwaker) pour y jouer avec ma copine. Se faire un tintin vidéoludique en quelque sorte.

Encore une fois, il faut bien rappeler qu'entre les années 80 et 90, le jeu vidéo était avant tout une affaire solitaire, partagée entre garçons, et qu'en parler à une fille était un tue l'amour absolu. Pour quelques idiotes aujourd'hui, c'est encore le cas. Mais la situation change très vite, à défaut d'avoir radicalement changé. Et c'est exactement ce que met en scène Nintendo dans cette nouvelle campagne de pub. Si l'on regarde bien, le garçon initie la fille, lui indique ce qu'elle doit faire à l'écran, quel est son rôle au sein de ce nouveau ménage numérique. Et elle semble prête à s'amuser, à partager ce moment et cette histoire. Le jeu même propose ainsi de jouer la partie solo... à deux, le deuxième joueur effectuant des actions annexes. Si les actions sont limitées, comme dans Mario Kart Double Dash qui permettait de courir à deux sur le même bolide, cela implique cependant la personne qui vous accompagne. 

Les signes ne trompent pas
Noel 2006. Deux collègues de la Société Générale, jeunes femmes de trente ans pour qui le mot jeu vidéo est synonyme de fin du monde parlent de s'acheter une Wii. 
La petite Elisa trouve une DS sous le sapin. 
Une petit couple de 20 ans croisé dans le métro semble tout heureux d'avoir pu acquérir une Wii en ces jours de raz de marée. Je converse un peu avec eux. Leur amour et l'amour de Mario semble se confondre en en seul élan de partage et de joie. 
Noel 2007, sortie de Mario Galaxy. Carton mondial instantané.
Mon ami Damien  parle de combler sa chérie en lui offrant une Wii. 

Nous vivons bien une ère paradoxale. Le monde social est en pleine difficulté, mais le bonheur domestico technologique n'a jamais été autant encouragé et aussi puissant voire réconfortant. Car face à un Mario Galaxy, quel média actuel pourrait rivaliser ? Quel livre ? Quel film ? Quel jeu vidéo ? Sur le papier Mario et sa console ne rivalisent pas avec la puissance de feu technologique d'un Halo 3 ou Assassin's Creed. Mais c'est sans compter la touche de Big N, qui n'a pas besoin de tant de puissance pour émerveiller, la Gameboy et son Link's awakening (entre autres) en était une preuve éclatante.  Et dès la première seconde, Mario se révèle instantanément enchanteur et laisse la concurrence pantoise. Les couleurs éclatantes, les sons, l'animation, une jouabilité exemplaire, tout ce qui a fait la réputation de Nintendo se retrouve ici à un niveau d'excellence.

Mario et le monde
Un ami me fait souligner les liens apparents entre ce nouveau Mario et l'aspect écologique des productions de Miyazaki. Pour moi Miyazaki voit le monde tel qu'il est et le déplore. Il utilise l'onirisme et la légende comme détour pour aborder le monde frontalement. Sa vision abstraite de la guerre et la métaphore du monde qu'était son cahotique et branlant moving castle représente le pic d'une vision poétique affutée. Myamoto, père de Mario au nom quasiment synonyme de la marque, n'aime pas ce qu'il voit. Ses jeux sont le produit d'un rejet total de ce qu'il observe. Aucune référence à notre monde, aucune évocation. C'est un monde de couleurs, de mouvements et d'harmonie pure dans lequel la violence est mise à distance. On écrase des champignons, on cotoie les étoiles et les obstacles qui se présentent à nous font appel à notre dextérité et pugnacité. Mais en dehors de cela Mario représente l'antidote parfait du maelstrom que représente le monde actuel... mais aussi le monde des jeux vidéo à l'heure actuel, pris entre casual et hardcore gaming, souci de la technologie et touche artistique, produit et oeuvre. 

Face à toute cette complexité Mario est imédiatement accessible. C'est frais, ça détend plus que cela ne crispe. C'est une évidence. Après Mario Galaxy, j'ai voulu essayer Red Steele d'Ubisoft, la société qui voudrait bien être Nintendo à la place de Nintendo. Des instructions obstruant un tiers de l'écran et qui empêche de viser correctement, une jouabilité limite, une bonne minute pour comprendre comment soulever une table... Quelque soit le soin apporté à l'ergonomie d'un jeu, Nintendo est devant et de loin, et c'est à ce niveau qu'il marque les points les plus importants auprès du grand public. Même mon père pourrait jouer à Mario Galaxy.

La wii est la console la plus vendue dans le monde avec sa petite soeur la DS. Nintendo est devenu plus qu'un household name. C'est une référence synonyme d'enchantement, de loisir et de qualité, exactement comme le fut Walt Disney pour le monde post seconde guerre mondiale. Et en 2007, Nintendo réalise enfin à l'échelle mondiale son plan annoncé très clairement il y a près de 25 ans avec sa Famicom* : que le jeu soit une affaire de famille. Il ne s'agit plus seulement de casual gaming Vs hardcore gaming, mais d'un gaming tellement royal, inévitable, magique, salutaire, qu'il se partage avec ceux que l'on aime.

*Famicom : Family computer, soit Ordinateur familial.

 

Super Mario Galaxy, Nintendo, Wii, 2007

Publié dans Gaming

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